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Éden

 Les Éditions Arfuyen viennent de publier Éden, un cahier de poèmes de Roger Munier, ami et traducteur de Heidegger. Il n’est donc pas étonnant que l’on trouve dans la chair de ces écrits, la marque de la dialectique héraclitéenne.
  « Le fin croissant de lune, à l’aube, comme une inquiétante et pourtant paisible énigme. » « Un corbeau noir, aigu, dans le jour opale. » […] « Dans la nuit presque venue, le cerisier en fleur, immobile, irréel, comme un veilleur blanc. » « Le bruit mat de la porte en bois de la clôture dans le soir brumeux. » « Ceux qui croient en la vie et ceux pour qui elle n’est qu’un songe, ont chacun un point où ils sont forts et un autre où leur certitude tremble. »
 Roger Munier dit le mouvement, l’interpénétration de l’être humain et de la nature, la subjectivité du regard, l’étrangeté familière du monde, l’éternité fugitive, la durée sous l’apparence, la fugacité du mystère, la force créatrice ambiguë de la perception, l’absence, l’impersonnalité de la matière ou plus exactement peut-être son indifférence aux projections humaines, la sève néanmoins des éléments, les signes imperceptibles d’un enjeu pourtant fondamental, la plénitude sans nom du détachement et la peur de passer à côté du « sens ». Ces poèmes portent « le tourment éternel de l’inquiétude » des romantiques allemands, rappelant cependant par leur brièveté de Haïku que le Chant de la terre de Gustav Mahler s’habita de poésie chinoise.