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Stéphane RUSPOLI

Écrits des Maîtres soufis 1

Trois traités de Najm Kubrâ

Traduit de l’arabe et du persan
et présenté par Stéphane Ruspoli

Collection Les Carnets Spirituels
n°52, ISBN 2-845-90096-1

17 €

Le soufisme s’impose comme un phénomène mystique et religieux très complexe et diversifié depuis les origines de l’islam jusqu’à nos jours, où il subit, comme le Bouddhisme Zen et le Yoga asiatique, le gauchissement médiatique des philosophies syncrétistes du New Age.

Pour beaucoup d’occidentaux, la vraie spiritualité musulmane se ramène à quelques grands noms comme Rûmî (1207-1273), Ibn Arabî (1165-1240), Sohravardî (1191) ou Hallâj (922). Mais n’oublions pas que ces penseurs, fort différents par leur doctrine et leur milieu d’origine, n’ont de commun que leur appartenance à la voie intérieure de l’islam, qu’on désigne par soufisme. Ils étaient pratiquement inconnus du grand public, voici moins d’un siècle, avant les travaux des savants orientalistes. Seule une anthologie comparable la Philocalie des Pères neptiques permettrait d’apprécier la richesse de cette littérature mystique.<

C’est l’objet de la présente série, Écrits des Maîtres soufis, que de faire découvrir, au-delà des grands intellectuels qui ont illustré le soufisme, ceux qui furent vraiment, au milieu de leurs disciples, les Maîtres et les passeurs de la voie soufie. Présentés selon le principe des Carnets spirituels d’une manière simple et synthétique, les ouvrages de cette série ont l’ambition de constituer une initiation à la voie soufie en ce qu’elle a de plus pratique et authentique, en particulier en ce qu’on appelle « la voie du cœur » (dhikr).

Au début de l’islam, l’apparition du soufisme répond au désir d’approfondir le sens de la vie religieuse à partir des préceptes du Coran et des récits des prophètes de la tradition biblique. Il présente une dominante ascétique et dénote l’influence du monachisme chrétien issu des anciens Pères du désert. 

Ce premier cahier propose une initiation à la doctrine des soufis interprétée par le shaykh Najm Kubrâ (1146-1221) qui diffusa au tournant du XII° / XIII° siècles (VI° / VII° s. de l’hégire), en Asie centrale, un enseignement spirituel de grande valeur. Kubrâ a analysé les étapes du dévoilement de la lumière divine par l’ascèse et la prière du cœur, que nous appelons le « dhikr théophanique ». Cette méthode d’oraison n’est pas sans rappeler celle des moines hésychastes du christianisme oriental, et elle est mise en relief dans les textes de Kubrâ et ses successeurs. Elle a fait autorité tout au long de l’histoire ultérieure du soufisme.

Ce volume présente trois opuscules de Kubrâ, traduits de l’arabe et du persan : Les Dix Fondements de la vie spirituelle, La Missive au voyageur errant et Le Port de la khirqa. Ce dernier texte, par exemple, permet de remonter aux origines mêmes du soufisme : « Le terme sûfî, affirme Kubra, est dérivé de sûf (la laine) ». Quant au terme générique désignant le froc de laine ou « khirqa », il provient d’une racine signifiant « déchirer », « lacérer ». Terme éclairant, qu’on n’a pas assez remarqué jusqu’à ce jour : le soufi engagé dans une vie de renoncement et de sacrifice volontaire a souvent le cœur déchiré à la pensée d’être maintenu loin de Dieu et il lui arrive, dans les états de crise ou d’angoisse spirituelle aigüe, de « lacérer ses vêtements ».