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Écrire pour vivre

« Dès l’aube, il faut une raison de vivre. Oh ! Comme une petite bête toute chaude et amicale. » L’écriture de Didier Ayres est particulière dans la force et la violence qu’elle dégage tout en jouant la carte de la sobriété.

Procédé subtil qui apporte une certaine sécheresse à la plume tout en demeurant sensible dans sa sincérité. À cela s’ajoute le talent de Didier Ayres en tant d’homme de théâtre, une qualité dont les échos se multiplient au fil d’un recueil qui se lit tout aussi aisément à haute voix, transportant le lecteur dans une diatribe qui finit par l’emporter.

Ce volume ne déroge pas à la règle. Il se divise en deux parties « Monologue depuis le refuge » et « Petit livre de patience », chacune exerçant le pouvoir de dire les choses dans le but de trouver des explications, voire des justifications, à ces vies qui ne vont pas. Le tout avec force. Une force salvatrice, dit Jean Maison dans sa postface, et c’est tout à fait vrai. Les mots nous entraînent, nous bousculent, nous chagrinent ou nous fâchent mais peu à peu, ils finissent par construire un abri de réflexion, une zone dans laquelle poser nos errances pour mieux les contempler, les analyser, les résorber.

« J’avance face à face. » Pour Didier Ayres, il ne suffit pas de se balader au creux du poème pour le décrypter (il en va également ainsi avec notre destinée) ; il faut aussi pouvoir l’écrire, le créer, entrer en possession pour mieux se connaître et appréhender l’univers qui nous entoure. Le travail d’écriture s’apparente à celui de la vie, on avance, on découvre et au fur et à mesure, ce qui paraissait complexe se veut évident, l’inconnu devient essentiel car apprivoisé et la vie prend d’autres tonalités. Ce monologue mené par Didier Ayres n’est pas aride mais pas non plus accessible au premier coup d’oeil ; il demande un mélange d’abandon de soi et de prise de conscience de notre condition, une confusion entre homme et œuvre, une entrée en puissance dans des mots qui ne s’exhibent pas.

Des textes forts, beaux et porteurs de sens. Qui se méditent longuement une fois le livre refermé.