Arfuyen sur Twitter
  • Littérature
  • Spiritualité
  • Sciences humaines

Du jour et de la nuit

Rendez-vous y est pris, entre humour et mélancolie, et certes le plus tard possible, « de l’autre côté de la lumière », avec la « Faucheuse » : Jean-Claude Walter publie ses Carnets du Jour et de la nuit. Toutes humeurs en vérité y sont convoquées, et les plus légères. Mais de nuit, bel et bien, notre homme se jette toujours à nouveau dans « le gouffre où sont tapis les monstres, hydres, serpents, tarentules, tout ce gui grouille et s’entre-dévore allègrement » et chaque matin lui fait reprendre pied « dans l’arène où le monde se bat, se piétine, se déchire avec l’acharnement d’une lionne blessée luttant contre les hyènes et les vautours ». Chute, et rechute. « Et je dois m’ouvrir à la pureté du ciel, la promesse d’un jour neuf, ce message de paix que diffuse la lumière ? Je ne le puis. »

Commune désolation. Seul son chien encore, « quand le ciel se ferme et que rien ne ré-pond plus à l’attente » du narrateur, lui vient d’un regard rappeler « que le néant n’est pas au goût du jour et qu’il faut tenter d’aller de l’avant ». Qu’il faut recommencer toujours, et toujours tout reprendre par le début : « La mère, le père, la sœur et l’ancêtre dans le jardin aux rosés, le vol lourd des abeilles, l’odeur de la menthe, et la terrible descente vers l’école, tout et les mille et une surprises de là-bas, pays de l’enfance et des rêves évanouis », peuplé de jeux héroïques autant que d’aventures sentimentales, d’inoubliables princesses d’un jour ou d’amours enfantines pour toujours scellées.

Alors on reprend le chemin. « On y croit. On recommence ». Cours donc, collègue, ne bride pas ton effort, « creuse, mon ami, creuse le sillon – ou plutôt l’ornière [...] ; creuse le ciel, homme de peu, perce la voûte jusqu’à sa racine, .et plus profond encore, homme de l’errance et de l’exil, jusqu’à l’huis du paradis, l’antre de toutes nos illusions... » Obstination et naïveté préservent ainsi de l’absolu désespoir cet « homme du doute et de l’éphémère » qu’est à ses yeux le poète, l’écrivain, « attaché à sa table de travail comme le bûcheron à sa schlitte » et comme d’autres courent au travail, à l’argent, à l’amour, etc.

[…] L’enfant ainsi porté par son rêve -« qu’es-tu devenu pour que les mots te hantent de la sorte jusqu’à plus soif ? »- sera écrivain, enseignant certes aussi, et fera de cet exil intérieur, de cette nuit intérieure si souvent, sa définitive résidence poétique. Et du plus secret de cette expérience, en ces Carnets de poésie, il libère encore une fois, vivants comme morts, les êtres et les voix qui, pour l’éternité, l’habitent ; en libère les mots, aussi, après lesquels il court « comme l’enfant qui vient de lâcher la ficelle s’élance vers son ballon qui file déjà là-haut ». […]