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Don de l’ébriété

 Quatre textes autour d’un poème de quarante pages, c’est beaucoup ! Heureusement, celui-ci parle par lui-même, nous fait découvrir un regard neuf sur le monde ! Et pourtant, ces textes sont nécessaires pour éclairer l’étonnante création d’un poète de dix-sept ans qui s’enfuit de chez lui et marche dans la campagne castillane, au temps noir du franquisme.
 Une note biographique et bibliographique, à la fin du volume, situe les cinq recueils de poésie de Claudio Rodriguez dans la trajectoire d’une vie (1934-1999).
 « Claudio », un beau texte d’Antonio Gamoneda, qui appartient à la même génération, insiste sur la poésie comme réalité vivante, donnée incompréhensiblement, capable de révéler l’inconnu (dans le connu).
 Une étude de la traductrice, Laurence Breysse-Chanet, vient ensuite évoquer le miracle du chant et la construction symbolique d’un poème unique en dix-neuf fragments répartis en trois livres dans lesquels les influences des mystiques espagnols et de Rimbaud, la proximité de Rilke sont évidentes, mais avec une orientation vers la contemplation et la réconciliation cosmique.
 Enfin, après le texte, une relecture faite par Rodriguez lui-même, qui s’interroge sur ce que fut pour lui cette « participation à la réalité et à l’expérience poétique qu’on en a à travers le langage » ; Don de l’ébriété était issu d’un état d’enthousiasme, au contact de la terre castillane, paysage et hommes, « dans une totale absence de connaissance », une certaine irrationalité par conséquent, en essayant « d’atteindre l’inaccessible », mais aussi « l’exactitude d’un style ».  Pour en venir au poème, il y a, selon la traductrice, une correspondance entre le premier livre qui « ouvre musicalement l’ensemble » et le troisième qui lui offre « un écho, porté à l’infini » ; le cœur de l’ensemble se trouve dans le second : « Chant de l’éveil » et « Chant des pas », moments intenses de la contemplation : de l’apparence des choses à leur existence invisible. Je n’ai rien à ajouter sinon une invitation à découvrir ce poème magnifique, inespéré. On pourrait s’interroger sur ce qu’il faut mettre derrière le il (I. vii : est-ce seulement le chant comme en II. iii et II. vi ?) ou le tu (I. viii et II. v), comme sur le destinataire de l’offrande (I. ix), mais je manque d’éléments pour répondre à la question.