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Dieu d’ombre

 Un joueur de harpe, aveugle, illustre Dieu d’ombre. Entre l’aveugle et l’ombre, Dieu. Dieu, au centre. Centre immobile, sans contenu ? L’homme, ombre ou aveugle, une face tournée vers nous, et l’autre ? 
  Il ya deux roses dans la rose. L’une est tournée vers nous,
 l’autre vers personne. » 
 Il en est ainsi des deux faces de l’homme. L’une tournée vers nous, l’autre vers personne. La raison de l’homme-là, nous détourner de lui ? Seul pourrait répondre à cette question le harpiste aveugle, s’il n’était là uniquement pour illustrer la part d’ombre, non la sienne, mais celle du monde.
 Je cherche l’extase dans le monde.
 Non la mienne : l’extase du monde.
 Dieu, la part d’ombre. Non la sienne, mais l’ombre du monde.
 Les méditations de Roger Munier glissent vers cette part de pensée, où Dieu prend place, un dieu encore assis entre et parmi les dieux, objets de spéculations, enjeux des jeux de l’ombre et de la lumière. Un souffle pourtant s’élève, non plus tout à fait le souffle du monde, mais un souffle désireux de nous prendre à témoin.
  Au faîte du haut poirier, le merle siffle
 en puissance, prend le monde à témoin...
 D’autre chose qu’il ne sait pas et que nous
 non plus ne savons pas.
 Dieu, la liberté, l’exil, l’âge, la mort, le silence, autant de chemins, de concepts, de glissements possibles hors de leurs frontières encore imprécises (ou indécises).
 Autant de chutes et d’arrêts sur image, autant d’immobilités : 
  quand on contemple son image dans le miroir, on reste immobile. 
 Cette immobilité est divine.
 Mais quels manques font ainsi courir l’homme ? Quelles insuffisances ? À quoi répond le danseur avec l’être, l’équilibriste de l’intérieur : 
  L’amour provient d’une insuffisance d’être...
 Comment penser que Dieu est amour ? Ou ne serait-il Amour que par un manque ?
 Un manque ? Le manque de Dieu, c’est l’homme. L’homme sa côte manquante... Où s’arrête ma lecture élémentaire de Roger Munier commence le parcours inépuisable d’une pensée inépuisable, en mouvement vers le haut (nous arrachant vers l’objet du ravissement), vers le bas (nousvidant de nous-mêmes) : dans cette double tension s’inscrit, comme dans le regard du musicien aveugle, ce qui approche une promotion sublime. – On va toujours là, les yeux bandés pour les uns, brûlés pour les autres, avouer ou décliner tant de manques.