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Dieu d’ombre

 Dans son dernier recueil, Roger Munier nous propose un itinéraire spirituel en trois mouvements : l’attention au monde visible, la présence à soi-même et la méditation sur Dieu.
 C’est dans le monde qu’il faut déceler la trace de ce que celui-ci n’est pas car « Tout ici est un ailleurs ». Le monde visible dont nous ne savons que ce que nous percevons, qui dans ce qu’il est nous demeure donc à jamais inconnu, abrite un mystère dont le poète soupçonne la présence dans « le frémissement du vent » ou l’éclat du « cerisier en fleur ».
 « Je cherche l’extase dans le monde. Non la mienne : l’extase du monde. »
Il note ainsi dans « l’instant si fugace » de cette extase les pensées qui lui viennent dans l’éphémère dévoilement du monde ; ses fragments sont comme l’écho de cette révélation soudaine : « Il m’a semblé pouvoir parler au soir bleuté sa langue – que je ne connais pas. »
 L’attention au monde ne saurait pourtant effacer le sentiment d’exil qu’il inspire. « Être au monde comme n’y étant pas », telle est la façon paradoxale dont Roger Munier veut habiter le monde. Parce que « Le beau ne comble pas le Désir », le poète fasciné par « l’inverse du monde » aspire au détachement, attitude eckhartienne. Il fait silence en lui-même dans le désir de « n’être plus rien ».
 Car « n’être plus rien », c’est se perdre en Dieu, « Celui qui n’est pas, n’a été, jamais ne sera ». La mort est attendue comme moment de « l’union ultime » puisqu’« On ne peut voir Dieu sans mourir ». En effet, dans ce monde toute connaissance de Dieu est « non-savoir », « nuit et ténèbre ». Dans la tradition dyonisienne, Roger Munier nous rappelle que « De Dieu on ne peut ni ne pourra jamais rien dire ». Alors pourquoi ces paroles ? C’est qu’elles expriment le Désir, le Manque, ce dont chacun, croyant ou incroyant, peut faire l’expérience : « Je ne parle de Dieu que pour qu’Il me parle. » Chant mystique, cette dernière partie du recueil s’achève sur l’espérance de l’union avec ce Dieu-Néant dont « on ne sait rien » : « On n’entre pas dans le Néant. On le devient. Promotion sublime. »