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Nicolas DIETERLÉ

(1963 - 2000)

 Nicolas Dieterlé est né le 28 août 1963, d’une famille de missionnaires et de pasteurs protestants. Son enfance se passe au Ghana, puis au Cameroun dans un hôpital de brousse de l’Église protestante où son père est chirurgien.
 Le retour en France, en 1973, est une rupture douloureuse avec l’Afrique, inséparablement liée pour lui avec le monde de l’enfance. Après des études secondaires à Grenoble, il entreprend des études à l’École du Louvre puis Sciences Po. 
 Objecteur de conscience de 1987 à 1989, il commence ensuite une vie professionnelle difficile de journaliste free lance. En 1994-95 il est rédacteur en chef adjoint de Valeurs Vertes, spécialisé sur l’environnement, collabore à Témoignage Chrétien puis, dans les derniers mois de sa vie, à Actualité des Religions.
 En mars 2000, il s’installe dans le Var et travaille à une biographie de Novalis. Rongé par la maladie, il choisit de se donner la mort le 25 septembre 2000.
 Nicolas Dieterlé n’a de son vivant jamais souhaité publier aucun texte, mais laisse des écrits nombreux – récits, proses et poèmes. Il n’a également rien voulu montrer au public de son travail pictural, mais il laisse plus de 500 peintures et dessins. De nombreuses expositions ont eu lieu ces dernières années. En couverture et en frontispice du présent ouvrage sont reproduites deux de ses peintures.
 Signalons qu’une association des amis de Nicolas Dieterlé a été créée en 2007 sous le nom La pierre et l’oiseau.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

L’Aile pourpre

Ici pépie
le cœur de l’oiseau-mouche

Afrique et autres récits

L’Aile pourpre

Nicolas Dieterlé

L’Aile pourpre

L’Aile pourpre

L’Aile pourpre

L’Aile pourpre

L’Aile pourpre

Nicolas Dieterlé

L’Aile pourpre

Ici pépie le coeur de l’oiseau-mouche

Ici pépie le cœur de l’oiseau-mouche

Ici pépie le cœur de l’oiseau-mouche

Ici pépie le cœur de l’oiseau-mouche

Ici pépie le cœur de l’oiseau-mouche

Ici pépie le cœur de l’oiseau-mouche

Afrique et autres récits

LIENS

Association des Amis de Nicolas Dieterlé

PETITE ANTHOLOGIE

L’Aile pourpre
(extraits)

 S’installer à V., c’est entrer dans un Ordre très saint : celui des montagnes

 Ce lieu en moi qui est toute solitude a pour couronne les cimes dansantes des montagnes varoises liées par une chaîne de joie

 La folie n’a pas sa place à V., sinon comme attribut des dieux, des Renaissants

 Je dirai un jour ces heures de bonheur parmi la roseraie du temps

 Le temps n’a plus de trous Il est pareil à un fruit gonflé

 Je suis debout dans le soleil et le silence de ma joie

 L’herbe du pré est pareille à un flot scintillant Vagues crêtées de lumière

 Les jonquilles, sentinelles ardentes, postées aux avant-postes d’un monde qui n’est pas de ce monde

 Le monde se dit en nous, à chaque instant, mais nous ne retenons pas ses paroles qui pourraient pourtant nous sauver À quoi est due une telle défaillance ? À notre lâcheté ? (oui, au sens propre : notre manque de densité Nous sommes pareils à des filets aux mailles distendues que traversent facilement, trop facilement, les poissons du verbe Si seulement nous pouvions nous accroître en densité, devenir des filets efficaces)

 Alors que j’étais assis dans l’herbe du jardin, j’ai vu devant moi un cheval blanc pareil à un cygne Il était encadré par deux arbres jumeaux semblables à des rimes sveltes Il s’est tourné vers moi et son fin visage a pris une expression pensive N’était-il pas descendu ici-bas pour m’aider dans ma peine, ma dévorante peine ? Pourquoi ne le comprenais-je pas ? Pourquoi n’allais-je pas vers lui en toute spontanéité, comme vont vers leur maître les chiens fidèles ou comme voyagent vers la source les truites nostalgiques ? Mon désir n’était-il pas encore assez affûté ?

 Ô comme je voudrais tenir debout, tout entier debout, dans la lumière sans fin de la reconnaissance Voici là-bas un homme portant un flambeau qui ne défaille jamais, tant le vent l’épouse Allons vers lui, mon âme, il saura nous infuser sa joie paradoxale, ronde comme une sphère et carrée comme une demeure 

 Le bruissement de la rivière ne s’arrête jamais Elle ne connaît pas la douleur d’être sans voix Elle chemine dans l’enthousiasme ininterrompu de son chant Comme je voudrais lui ressembler !

 Autour de la maison, les montagnes pelées et défaites recèlent un triomphe secret, un inexplicable Gain

 Quel est mon lieu ? la poésie Elle est ma maison, mon odorante maison Elle est la fleur de l’espace

Ici pépie le coeur de l’oiseau-mouche
(extraits)

 je suis moi-même semblable à un arbre vide qui attend l’oiseau de la parole Quant viendra-t-il se percher au cœur de mon cœur exsangue, sali et désorienté, pour le revivifier en lui apportant la promesse du port où le chant n’a pas de cesse ? 
 
 mon regard est bu par le paysage assoiffé

 j’étais au bord d’un précipice Il était si profond, si profond, et si sombre, si labyrinthique (ce gouffre était tout un monde) que je me cramponnais désespérément à la barrière m’en séparant, pour ne pas chuter Car, en dépit de son aspect repoussant, il m’attirait Il possédait en effet en son fond une fleur que je convoitais, une fleur vivace, une fleur éternelle, dont la possession m’assurerait la gloire pour tous les temps à venir C’était du moins ce dont on m’avait assuré, et c’était aussi ce que je pressentais D’un autre côté, je ne pouvais m’empêcher de me demander si ce pressentiment était justifié Que se passerait-il si je m’étais trompé ? Et si la fleur s’avérait maléfique ? Allait-elle m’avaler, puis me dissoudre dans son suc ? Cette incertitude ne cessait de me hanter, tandis qu’à mes pieds, s’élargissait et s’approfondissait toujours plus le gouffre pareil à une gueule

 en rêve, je traversais la Seine sur un pont fin comme un arc La lumière volait telle un immense oiseau Les feuilles des arbres bruissaient musicalement La beauté, la beauté tout entière, souple et incorruptible, s’étendait enfin sur le monde, comme un fleuve, et je nageais dans ses eaux incessantes

 ce peuplier que je vois dix fois par jour, ce peuplier planté comme une lance entre deux buissons verts, austère, incorruptible, et tendre en même temps, capable d’une extraordinaire finesse, ce peuplier qui est à l’image du grand Peuplier

 le dessin-poème est la terre que je travaille, cette terre qui est en dessous de mes pensées (ou « derrière »)
 
 le matin, le soleil, en se levant, se trouve juste derrière l’écran d’un arbre que ses rayons tentent de transpercer Je le reçois tamisé par le feuillage vert, printanier, d’une fraîcheur qui rappelle celle des joues d’un enfant

 j’étais en proie à l’assaut répété de forces qui voulaient éteindre en moi la flamme de l’insouciance Elles intervenaient ponctuellement, à la façon d’une marée, et je tentais chaque fois de leur échapper Hélas, c’était en vain, elles finissaient toujours par me mordre à la nuque, m’inoculant le poison de la sale vengeance

 je n’aime que les êtres et les choses libres et divaguants

 ouvre ta porte à l’incendie ; plonge tout nu dans la cascade