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Dans l’intimité du Crucifié

 Lue couramment au 17° et 18° siècles, la vie d’Agnès Galand, moniale dominicaine à Langeac tomba dans l’oubli, probablement phagocytée par la Révolution française. Le Grand Mémoire sur Agnès de Langeac du Père Arnaud Boyre, biographe et ami de la sainte a été ressuscité comme il se doit par Gérard Pfister et préfacé par Jean-Claude Sagne.
 La petite épouse de Jésus eut la vie brève mais intense : trois décennies au service du Christ, vivant d’hosties et de vinaigre, elle revécut à plusieurs reprises la Passion, clous, sang et croix compris, sans jamais pousser un murmure de protestation...
 Le savoureux récit du Père Boyre, enrichi des tournures précieuses en usage sous le Grand Siècle narre pieusement le catalogue édifiant des tortures indescriptibles – une toutes les dix lignes ! – infligées à la malheureuse. Avoir été l’élue du Seigneur n’eut rien d’une cure de jouvence. Pourtant, Agnès resta vaillante, trouva sur son chemin des pièces pour les pauvres ou quelques bras musclés invisibles pour la transporter sur l’autre rive de la Loire. Dans sa cellule dépouillée, Jésus, la Vierge ou un ange lui susurrent quelques paroles réconfortantes à divulguer à ses Soeurs.
 Nonobstant cette collection de supplices raffinés, le Grand Mémoire ne sombre pas dans la neurasthénie : le Père Boyre, témoin de miracles, consigna avec une sorte de ferveur joyeuse pailletée d’or – dans le droit fil de l’hagiographie en vogue Les Vies des Saints – le quotidien pas morose de cette intime du Crucifié.