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Angel CRESPO

(1926 - 1995)

 Angel Crespo est né à Ciudad Real en 1926.
 Il est en 1945 l’un des fondateurs du "postisme", mouvement littéraire qui tente de donner une direction aux recherches de l’avant-garde espagnole.
 Il fonde et anime de 1951 à 1971 plusieurs revues : Deucalion, Poesia de Espana, la Revista de Cultura Brasilena, enfin The Art Review.
 Il est contraint de s’exiler en 1967 à Porto-Rico où il enseigne la littérature comparée à l’Université de Mayagüez.
 Il reçoit en 1973 le titre de Docteur en philosophie et Maître ès arts libéraux de l’Université d’Upsala et devient visiting professor aux Universités de Leyde, Venise, Washington, puis de Barcelone où il réside après son retour en Espagne en 1988.
 Angel Crespo est mort en 1996.
 Son oeuvre poétique comprend de nombreux recueils : depuis Una lengua emerge (1950) et Quedan senales (1952) jusqu’à El bosque transparente (1983), El ave in su aire (1985) enfin Ocupacion del fuego (1999).
 Angel Crespo a en outre traduit en espagnol des poèmes de Pessoa, la Divine Comédie de Dante et le Canzoniere de Pétrarque.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Théophanies

Théophanies

Théophanies

Théophanies

PETITE ANTHOLOGIE

 ? ?Théophanies
traduit par Jean-Pierre Colombi
(extraits)


D’un vers à l’autre
il y a un vide, un puits
à sec, un coeur
sans battements, un astre
sans orbite et sans lumière
que les mots n’atteignent jamais.

Il y a un silence
où la voix ne mord pas,
le retour,
le tournant, encore et à nouveau,
le parcours sinueux.

Ce n’est pas un silence : c’est une
échelle dont tu ne sais pas
si elle monte ou bien descend 
– comment parcourir ses degrés
sans que l’âme ne s’affaiblisse ? –,
ni si tu l’as déjà gravie
bien qu’elle ne soit pas un chemin.
Non, ce n’est pas ainsi. Tu dirais
que tout est plus simple : un collier
auquel seul le fil fait défaut –
celui que maintenant tu files
et qui relie déjà tes doigts
et tes oublis –, et d’un vers
à l’autre tu veux
le faire passer, mais ta main tremble.

Ou c’est impossible – puisqu’il ne fut
à ta portée
qu’avant tes paroles.

*

Mon unique clarté demeure dans la pierre
ensevelie comme un or en fleur
dans le sein maternel, comme
le papillon qui gît
dans une chrysalide obscure
– et qui lui-même est un soleil
errant dans un petit moment –,
ou le bruit de ses frôlements entre les pierres.

Elle vit dans la pierre, dans toute
sa substance, comme mes vers
dans mes lumières intérieures 
– qui sont un soleil différent
parce qu’il n’ a pas de durée –.
Cependant je nomme ma lumière
celle que je ne possède pas encore
comme les dieux, quand ils effleurent
cette pierre de leurs mains.

*

Je ne veux pas que mes vers
désirent, qu’ils signifient je désire :
je veux qu’ils se détruisent
l’un par l’autre, comme les lèvres

dissipent le feu
vital, comme la lumière
se consume et devient obscure
pour se transformer en clarté.

Non un monument : un
rien qui se fait exister,
dans le chaos duquel
un torse et son étreinte affleurent.

Seul un dieu aurait le pouvoir
– si, ô déesse, tu le permettais –
d’attribuer à son ardeur l’apparence
non d’un marbre, mais d’une étoile.