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Comment dire le silence

 Vouloir dire le silence – sans parler de faire son apologie –, voilà qui pourraît paraître paradoxal. Le silence n’est-il pas justement silence, page vierge, absence de sons (ou de mots) ? Non et heureusement, car cela permet à des plumes telles celle de Alain Maumejean de nous offrir de merveilleuses lignes pour nous dire ce silence auquel il vous un attachement particulier.
 L’auteur sait comment écouter le silence et le faire parler, il extrait des mots le strict nécessaire pour leur faire dire l’essentiel. En agissant de la sorte, Alain Maumejean véhicule un message fort, celui de l’impossibilité du silence. Inutile de mentir au lecteur, le combat contre le silence est inégal. L’écriture se fera trop bavarde, le silence plus malin, le lecteur trop exigeant au risque d’être déçu, alors il faut sans cesse chercher, explorer, proposer, tâtonner et c’est cette démarche sûre et fragile à la fois que l’auteur nous propose dans cet étonnant recueil de belle qualité.
 « puis il me regarda comme ’il dévisageait en moi ce qui ne m’appartenait plus. » (page 127)
 Entre prose et poésie, l’auteur invite le lecteur dans sa quête de bruit, ce bruit qui traduit le silence car « s’il faut que nous demeurions ensemble, c’est de retourner ensemble au silence qui est ensemble ce que nous disons. »
 Le désir de dire est humain, inné, il ne faut pas le combattre mais l’apprivoiser, le conquérir pour le faire grandir. Maumejean ne prétend pas y arriver mais il cherche, il expérimente, il devient son propre lecteur face à une écriture qui explore ce qui ne peut être dit. Lourde responsabilité que celle de l’écriture dans un tel cas, car si elle peut créer un univers, elle peut aussi le détruire par la force des mots et il suffirait d’un rien pour anéantir un vide, un non-dit, que l’on tente de décrire. Écueil que contourne allègrement Alain Maumejean, avec élégance aussi. Je vous invite à le découvrir.