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Comme au jour accompli

 Le monde est un jardin de méditation jalonné de signes perennes – l’arbre et l’eau, la rose et la pierre – et de fugitifs témoins – comme « un cercle de feu sur cette pierre » – un jardin avec des oiseaux, des rossignols et des chevaux de pierre, d’or et de métal, et d’éther, « comme des figures ailées / qui traversent l’abîme ». C’est un monde cosmique et harmonieux, où les arbres se meuvent au rythme des étoiles, un monde de correspondances où l’aube ressemble à la rose, mais aussi un monde en équilibre fragile au bord de l’abîme. Le poète gravite dans ce mouvement universel, qui le berce, dans la giration des jours et des nuits, de la source vers la mer, dans les jardins et au-delà des jardins, tenant dans sa main, retenant dans ses mots, le mystère.
 La rose est rose – si rose qu’elle tournoie, qu’elle rougeoie, rose d’écarlate – parce qu’elle existe en esprit. Les mots remontent du silence avec leur charge d’éternité et de poésie. Espace intérieur et espace extérieur communiquent, se fondent, se confondent. La rose est réelle – luxueuse et simple, lumineuse parce qu’elle est aimée, écoutée. connue, et nommée.
Dès lors le poète limpide peut dire fraternellement « J’étais l’arbre. / J’étais la rose même. » Les arbres, les oiseaux, les chevaux, les narcisses ont beauté humaine. « Tout n’est pas nuit. » On remonte du doute et de la blessure.
 L’infiniment petit témoigne de l’infiniment grand, car la rose est immense : immense est son pouvoir de calme et de beauté. La fleur contient le cycle du monde, où la vie entraîne la mort et la mort engendre la vie, comme la nuit, dans le sommeil du soleil, où sombre le néant. abrite le germe du jour.
 « Il y a dans cette orchidée / La demeure du mourir / Et cette agonie répétée / Du néant et de l’aube ». Je lis ce texte de Didier Ayres comme un chant célébrant la beauté du monde, comme on la ressent dans la contemplation solitaire d’un ciel étoilé une pure nuit d’été où le souffle des roses embaume l’air, où l’on entend le mouvement des étoiles qui se penchent sur les roses. Il y a dans l’air comme une odeur d’éternité, comme une odeur de poésie, un accomplissement, une paix de l’infini, ivresse ou extase, illuminant la nuit.
 Passe l’ange de Rilke, splendide et chancelant.