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Clarté sans repos

 D’un côté un livre offert à sa petite fille, de l’autre le dernier recueil du poète espagnol Gamoneda. Cecilia est loin d’être une suite charmante, quoiqu’elle offre une respiration plus heureuse à l’œuvre du poète : c’est l’entrée, ou vécue comme telle par le poète, d’une enfant dans le monde : tout y est lumineux, même dans l’inquiétude, tandis que le poète-narrateur écrit lui ses pensées à l’ombre d’une mort imminente : « Dans tes yeux s’immobilise la tristesse ; ce n’est pas encore ta tristesse, mais tu me regardes // et de tes yeux tombe un pétale d’ombre », ou plus loin un autre aveu : « Toi, distraite dans ta lumière et moi, en elle, à peine vivant, et ainsi, imperceptiblement aimé, attendre la disparition. // Mais nous sommes peut-être déjà séparés par un fil d’ombre et chacun se trouve dans sa propre lumière // et la mienne est celle que doucement tu abandonnes. »
 Clarté sans repos accentue ces méditations funèbres, d’autant plus violentes qu’elles ont la crudité de la vie. La cruauté du temps semble émaner des gestes, des machines, des outils, du rien qui nous environne mais qui détient la mémoire de toute chose : « II y avait des fleurs embrasées, du coutil / sur la machine qui pleure. / De l’huile et des pleurs sur l’acier, / des hélices et des nombres sanglants / dans la pureté de la colère. » La dernière partie qui donne son titre au livre offre dans sa longueur éclatante une nostalgie à l’œuvre même du poète en interrogeant la mémoire d’un temps perdu.