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Clarté sans repos

 La poésie d’Antonio Gamoneda est une brûlure de l’âme. Les images sont des éclats de lumière qui fulgurent en nous, atteignant l’indicible dans le silence assourdissant d’un monde où « nous sommes seuls entre deux négations, comme des os abandonnés aux chiens qui ne viendront jamais ».
 Les poèmes d’Antonio Gamoneda irradient : ils naissent dans le sang de l’ombre pour saillir dans la lumière du vivant. Les images taillées dans le vif de l’âme rutilent. Elles sont sang et or, elles nous aveuglent de leur beauté : « viennent aux signes, les ombres torturées ». Jacques Ancet qui vient de traduire le dernier recueil d’Antonio Gamoneda sous le titre de Clarté sans repos s’est pénétré jusqu’à la moelle de cette poésie désespérée et vibrante tout à la fois pour nous en octroyer la quintessence et l’extrême pureté.
 La mort précoce du père, la mémoire d’une mère omniprésente, la répression franquiste, le travail du temps, la lente agonie de soi orchestrent la musique d’une vie qui tout en se consumant, avance dans la pleine lumière d’une transparence où « l’unique sagesse est à présent l’oubli ».
 Gamoneda a le pouvoir de ressusciter la mémoire vive de la peau sous les mots : « il y a des corbeilles de tristesse », « les excréments couverts de rosée et les grandes affiches du bonheur ». De telles images lèvent en nous des pans entiers de sensations enfouies dans les ténèbres d’une enfance qui ne demande qu’à resurgir. « Il y a des ulcères dans la pureté », c’est dire l’horreur et la beauté qui nous inscrivent dans une vie qui, dans le même temps où elle nous met au monde, nous condamne. Poésie de la flamboyance : « les caillots d’ombre », « les bougies de la douleur », « les suicidés à l’intérieur de la lumière » nous font entrer dans une œuvre où nous brûlons notre âme à la flamme d’un invisible incandescent que nous appréhendons et perdons aussitôt.
 C’est en cela que la lumière est désespérance, elle nous éclaire tout en nous plongeant dans l’ombre. « La pensée et sa disparition » procèdent du même mouvement : « C’est l’agonie et la sérénité ».
 
 La mort est dans le poème, Gamoneda nous en offre « la douleur dans un vase doré ». Mais avec la vieillesse vient l’oubli où le poète ne veut même plus se souvenir. La mort, c’est aussi l’inexorable dissolution de la pensée. Reste la lumière du poème.