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Louis CHARDON

(1595 - 1651)

 Louis Chardon est né à Clermont-de-l’Oise en 1595 et mort à Paris en 1651.
 Il entre en 1618 au couvent dominicain de l’Annonciation, rue du Faubourg Saint-Honoré, qui, fondé par le réformateur de l’Ordre, le P. Michaëlis, jouit alors d’un grand prestige.
 Envoyé en 1632 au couvent de Toulouse, il réside à nouveau en 1645 au couvent de l’Annonciation, où le maître général lui écrit pour l’autoriser à publier La Croix de Jésus, qui paraîtra deux ans plus tard. En 1649, il est compromis dans « l’affaire du Noviciat » qui dresse une partie de la congrégation réformée contre le maître général de l’ordre, le P. Turco.
 Son implication dans cette affaire semble largement liée à ses relations avec le futur cardinal de Retz et le parti de la Fronde.
 De caractère doux et contemplatif, il se consacre surtout au soin des âmes et à ses livres. Due à une sorte de peste, sa mort est « pieuse et douce », selon les termes du maître général.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Le Livre de la Théologie mystique

PETITE ANTHOLOGIE

Le Livre de la Théologie mystique
(extraits de la préface de Louis Chardon)

Comment est-ce qu’il est vrai que Dieu se connaît mieux parmi les ténèbres

Ce sont ici les ténèbres où la lumière incréée fait sa demeure, au milieu desquelles elle est vue plus à découvert.

Jamais l’entendement ne fut plus disposé pour la recevoir, que lorsqu’il s’est développé de toutes les autres lumières, qui s’évanouissent en sa présence, comme nous avons dit, tout ainsi que la clarté des autres astres est interdite à la vue de celle du soleil.

C’est pourtant avec cette différence, que la lumière des astres ne saurait jamais nuire à celle du soleil, au lieu que celles-ci empêchent que cette lumière souveraine ne se fasse voir avec ses beautés du ressort de cette vie dans l’âme sainte, parce qu’elles rebroussent la pointe et la vivacité de l’entendement humain.

L’entendement éclairé par une manière qui est au-dessus de toute pensée, de tout concept et de toute image

L’on connaît Dieu en cet état, non par manière d’établissement, d’affirmation, d’agrandissement, d’addition et de multiplication : c’est par manière de soustraction, de négation et d’évanouissement de toute pensée affirmative et de tout concept positif de ses grandeurs.

L’âme ne voit pas Dieu par sa propre espèce, ainsi que dans le ciel ; c’est d’une façon occulte, où elle apprend, non ce que Dieu est, mais ce qu’il n’est pas.
 
Elle le connaît en la sorte qu’il n’est pas tout ce que l’on peut penser, concevoir et comprendre de sa majesté, soit par les images acquises, soit par les infuses ; soit naturellement, soit surnaturellement ; soit avec raisonnement, soit sans discours.

Ce qu’elle ne saurait si l’esprit, dans le dernier effort de sa contemplation, ne se trouvait enfin conjoint admirablement aux resplendissants rayons de la Divinité et éclairé comme de la profondeur impénétrable de sa sagesse incompréhensible.

C’est ce que l’on appelle, aux termes de saint Denis, sagesse folle, science ignorante, connaissance aveugle, lumière ténébreuse, lorsque l’entendement ravi comme dans une nuée ou dans un vide obscur, étant enfoncé dans une étrange ignorance de soi-même et de toutes choses, perd tous les aides et tous les outils du ressort de la connaissance humaine.

D’où vient que la volonté, dépouillée de toute sorte d’obstacles, se trouve non tant changée en inclination d’amour que transformée en ardeurs actuelles du même amour, pour se glisser, s’écouler et être totalement en Celui qui ne saurait être vu durant cette vie avec la perfection qu’on le peut aimer, que l’on ne saurait connaître comme il se fait sentir, goûter et savourer, et que l’entendement n’est capable de toucher en sa propre forme de même que la volonté est digne de l’atteindre et de l’embrasser en lui-même.