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Chants de la tombée du jour d’un roi-philosophe…

Le roi-philosophe Nezahualcoyotl (1402-1472) a été tout à la fois un législateur et un bâtisseur de génie, un redoutable chef de guerre et un poète, contemporain de Villon (1431-1463). Les éditions Arfuyen rééditent les chants du souverain chichimèque de l’État-cité de Texcoco (alors réputée sous son règne pour ses « maisons de poésie ») qui réalisa le rêve de Platon (427-347 avant J.C.) – « qu’un philosophe fût roi ».

Ces « poèmes de plaintes et de désolation », traduits du nahuatl et présentés par Pascal Coumes et Jean-Claude Caër, ont été transmis par tradition orale et retranscrits après la première « mondialisation » par les conquistadors. « Ils expriment la tristesse de tout un peuple, d’une civilisation splendide à son apogée qui se sent condamnée à disparaître » rappelle Jean-Claude Caër qui suggère un parallèle avec les Psaumes du roi David :

« Où irons-nous ? / Où la mort n’a-t-elle pas son empire ? / Mais faut-il vivre dans les pleurs / Parce qu ’elle existe ? / Que ton âme soit dure : / Nul ici ne vivra pour toujours ! / Même les princes finiront par mourir : / C’est ce qui consume mon cœur. / Que ton âme soit dure : / Nul ici ne vivra pour toujours ! »

En 1431 (l’année de la naissance de François Villon), suite à ses victoires militaires, le chef de guerre Nezahualcoyotl est sacré seigneur de Texcoco, entame un règne de quarante ans et instaure un modèle de gouvernement pour les peuples du Haut-Plateau – « Texcoco pouvait se glorifier d’être l’Athènes du monde occidental », écrivait l’historien Prescott.

Aujourd’hui, par la grâce d’un livre advenu en son heure, « le plus grand nom de la poésie précolombienne » fait chanter dans l’assèchement de notre hyper-modernité en proie à une terrifiante surenchère cette détresse ontologique de l’âme indienne – et, nous parlant d’une civilisation à jamais consumée, jette par brassées sa lumière sur les bruits du jour qui se retire.