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Ce n’est que l’enfance

 À la lecture de ces poèmes de Bernard Vargaftig, on devine deux drames, tout deux liés à l’enfance. Celui de la perte d’un fils en 2004 auquel sont dédiés deux pages blanches et muettes dans le recueil. Celui d’une enfance juive placée sous le signe des rafles et de la terreur permanente.
 Des drames que l’auteur évoque en filigrane de chaque poème, de chaque texte, utilisant ces compositions de trois ou quatre strophes de quatre vers pour dire l’indicible et évoquer l’oubli, rechercher l’apaisement si celui-ci est possible, regarder la mémoire qui déroule son long fil conducteur au gré des souvenirs.
 Une poésie d’autant plus attachante qu’on sent que l’homme a un réel poids à porter et que ses mots, si ils demeurent sereins, n’en transportent pas moins une sourde violence qui accompagne toute une vie. « Le mur vient toujours de bouger / Toujours un désert que l’obsession / dans le hasard répète un tressaillement / Quand le présent réapparaît »
 J’ai été touchée par la sobriété et la pudeur qui se dégagent de chaque mot, par ces cris de douleurs que Bernard Vargaftig pousse presque en silence. Cela n’en rend les poèmes que plus émouvants et plus forts encore ; ils parlent à l’âme et au coeur avec élégance et discrétion, comme si la souffrance devait se faire muette et ne pas être réveillée, par crainte, peut-être d’avoir plus mal encore, malgré une certaine recherche de deuil et de calme retrouvé. « Quelle crainte prend le manque en moi / Comme qu’il fait clair / Le dénuement ose se souvenir / Cassure venue au monde »