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Ce n’est que l’enfance

 Après Jean Mambrino, Henri Meschonnic et Marcel Moreau, Bernard Vargaftig se voit décerner le Prix de Littérature Francophoone Jean Arp 2008 (ex Nathan Katz) pour l’ensemble de son œuvre. Ce prix présidé par Claude Vigée est parrainé par l’université Marc Bloch et la DRAC ALsace.
 Les Éditions Arfuyen viennent d’éditer pour cette occasion un livre écrit entre le 23 février 2004 et le 30 janvier 2006 et qui comporte une cinquantaine de poèmes de quatre strophes comptant quatre vers chacune. L’ensemble est dédié par Bernard Vargaftig à son fils disparu. « Deux pages blanches et muettes » témoignent de la douleur secrète de l’auteur. Jean-Baptiste Para, rédacteur en chef de la revue Europe, dit de Vargaftig qu’il est l’un de nos plus grands poètes de l’enfance. Le film Les jardins de mon père, écrit par sa fille Cécile Vargaftig et réalisé par Valérie Minetto, nous invite à retourner avec le poète sur les lieux de son enfance. C’est là que le destin du poète s’est noué. Pascal Maillard qui signe la préface de Ce n’est que l’aveu, livre qui accompagne le film de Cécile, nous remémore la phrase de Baudelaire : « Le génie n’est que l’enfance retrouvée à volonté ».
 
Dans Ce n’est que l’enfance, le souffle du poète est ténu, si fragile qu’il devient manque, absence : « Un manque aperçu depuis l’écho ». Aragon disait du langage de Vargaftig qu’il était « haché comme la douleur ». Cette douleur affleure dans l’indicible, elle se tient tout entière dans les fissures d’un silence assourdissant : « Un cri nul désert ». Chaque vers se suffit à lui-même et porte en lui une faille où saillent les peurs de l’enfance que l’auteur a passé dans la clandestinité, caché dans le Limousin, pour fuir les persécutions anti-juives. C’est sur le terreau de la peur que naissent donc les poèmes de l’enfance de Vargaftig. Ils en ont la lumière « Espace la clarté en pente », mais aussi la frayeur qui transparaît dans chaque vers, chaque mot : « Ce mot cette peur dont le manque a bougé ». La poésie de Vargaftig agit comme un charme qui continue d’opérer longtemps après la lecture. La voix du poète , lisant ses textes dans le film-livre-DVD Les jardins de mon père, paru au Diable Vauvert, prolonge le miracle de cette poésie qui nous touche au plus nu de l’âme.