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Carnets du jour et de la nuit

Dans son nouveau livre, Carnets du jour et de la nuit, Jean-Claude Walter se penche sur ses journées, le poète les passe au crible de l’émotion, l’écrivain les met en mots et le philosophe médite sur le bonheur ou l’identité. Arrivé à un certain âge, l’auteur fait le tri et garde ce qui mérite de subsister et demande encore la parole : l’amour, l’enfance, la révolte, l’émerveillement, l’écriture... S’il fallait trouver un sous-titre à ce livre de 160 pages, Baudelaire nous proposerait Mon cœur mis à nu.

Il est rassurant pour le lecteur, comme pour l’auteur sans doute, de constater que la fougue qui animait les poèmes du Sismographe appliqué et la prose de l’Évêque musclé, publiés dans les années soixante, n’a pas disparu, loin de là. Même si nombre de ces proses, d’une page en moyenne, sont empreintes de mélancolie et parfois de désabusement. Un désabusement qui relève d’une lucidité proche de la cruauté envers soi-même ; une mélancolie déjà présente dans chacun de ses livres antérieurs, en ferment de la création poétique, et si elle est plus prégnante dans ces Carnets, elle convoque, selon la règle d’ailleurs chez Walter, humour et ironie pour s’alléger.

[…] Choses vues et observées, retours à l’enfance, personnages croisés, êtres aimés, souvenirs, méditations sur l’amour et la mort, la fuite du temps, forment la trame de ce livre, avec, en fil rouge, une réflexion et des remarques sur le travail de l’écrivain, son combat avec les mots. L’écrivain qui dépose inlassablement ses mots sur le palimpseste de ses écrits et de sa vie. L’écrivain en Sisyphe, conscient de ne jamais arriver à rouler sa pierre jusqu’au sommet de la sérénité, en maçon d’un mur de papier qui ne protège de rien. En sismographe, un appareil cher à Walter, qui enregistre ses mouvements intérieurs qu’il a recueillis depuis plus de cinquante ans, et jusqu’à ce jour, dans une vingtaine d’ouvrages.

Nombre de pages poignantes jalonnent les Carnets du jour et de la nuit, comme celle consacrée à la mère, qui se termine sur cette phrase abrupte : « Pavillon B, service de chirurgie interne : mère, pourquoi ce silence entre nous ? » Cette phrase réfrène larmes et pathos. Ne pas se complaire dans la lamentation ni la tristesse, tel est, me semble-t-il, l’un des mots d’ordre de Walter. Plutôt les traverser, sans perdre de vue les « fenêtres ardentes » et les « rondes du soleil ». Traverser la nuit et s’émerveiller de l’aube et du jour.

C’est la voix profonde, sans lourdeur ni emphase, que nous entendons dans les Carnets du jour et de la nuit, c’est une voix à hauteur d’homme.