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Bois d’oignon

 Poète et dramaturge de la scène alsacienne la plus moderne, et à soixante-dix ans passés, Gaston Jung traduisant les Matthis rend hommage à l’original et idéal génie dialectal en même temps que strasbourgeois d’Adolphe et Albert.
 Et ne manque pas l’occasion d’inscrire ici dans leur trace l’oeuvre poétique de quelques autres : « Claude, André, Adrien, Conrad, Sylvie », Gaston lui-même, bien sûr. Et chacun en nos jardins a posé sur l’herbe, dit Gaston, une fleur ou une plante qui lui ressemble : « Nathan – puisque de "Prix Nathan Katz" il s’agit – une colchique d’automne, celle qu’Albert nomme du magnifique "fülefüte". Adolphe préfère un coquelicot, Claude aime une ortie noire, André est amoureux d’un pommier en fleur, Adrien s’émeut à la vue du lierre, Conrad se chauffe au soleil-tournesol, Sylvie adore les bouquets d’étoiles et Gaston aime du chardon la fleur bleue. »
 Heureuse façon de saluer de fameux poètes nés un 27 décembre 1874 au Val-de-Villé dans une famille qui allait s’installer à Strasbourg – les jumeaux ne se quitteront pas, ne quittèrent pas le centre-ville, où leur couple composa une silhouette bientôt légendaire : « Vieux garçons quelque peu originaux, vêtus tous deux de même façon, l’oeil brillant ou rêveur sous leurs grands feutres noirs à larges bords », nota Alfred Schlagdenhauffen. « D’un abord craintif et facilement effarouché, dit-il encore. Affables, délicats et d’une politesse exquise ».
 
Oeuvre lyrique considérable, et « inimitable » – ils furent les premiers, dit un jour René Schickele à Maxime Alexandre, à « élever le dialecte alsacien à la hauteur du chant d’Orphée ». Elle désarma durablement aussi tout projet de traduction – une langue trop particulière, au charme trop singulier, pour n’être pas par la traduction essentiellement altérée et dénaturée, tranchèrent les gardiens de ce temple poétique.
 Gaston donc s’y risqua, s’expose aujourd’hui à la critique, s’en remet à un fataliste conseil des jumeaux eux-mêmes : « ne révèle à quiconque ton ambition, contemple ton oeuvre achevée, et si tu en es satisfait, laisse les méchantes langues jaser. »