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Bloy, l’enfant visionnaire

 Marcel Jouhandeau, dans Être inimitable, un des volumes des fameux « journaliers », raconte avec une verve irrésistible le séjour qu’il fit au sanctuaire de La Salette en compagnie de son inévitable Élise. Portraits de familiers, descriptif savoureux de l’ambiance : les connaisseurs durent s’y retrouver. Il y a aussi dans le récit de Jouhandeau quelque chose de plus émouvant : c’est la lecture qu’il fait de l’« autobiographie » de Mélanie, dont on sait qu’elle fut, avec Maximin, témoin de l’apparition de la Vierge, à l’origine de la construction du sanctuaire.
 C’est ce récit que la maison d’édition Arfuyen nous donne à lire aujourd’hui, accompagnée d’un commentaire de Léon Bloy, visiteur en son temps de la sainte montagne et auteur d’un célèbre texte qui figure depuis longtemps dans ses Oeuvres complètes publiées par Le Mercure : Celle qui pleure.
 Avant Jouhandeau, Bloy ne pouvait qu’être fasciné par l’événement et plus encore par la vertigineuse ingénuité de ceux qui en furent, malgré eux, les dépositaires. La théologie
"moderne" ne s’intéresse plus à ces choses, ce dont on ne lui fera pas grief ; on aurait tort cependant de négliger l’impact symbolique de tels événements sur l’univers spirituel et esthétique d’un écrivain aussi important que Bloy. Pour l’auteur d’Exégèse des lieux communs, la figure mariale joue un rôle capital dans sa vision de l’histoire du monde, histoire « sainte » vouée mystérieusement à ce que Hans Urs von Balthasar appelait une « dramatique divine ».
 Dans cette « dramatique », Marie est appelée à remplir une fonction rédemptrice : elle est l’intermédiaire absolu. « On sait, écrit magnifiquement Bloy, par la Tradition que notre mère Eve porta pendant des siècles une pénitence infinie pour toutes les nations à venir. Marie sans péché recueillit tout l’héritage de cette pénitence et en fit ce qu’elle pouvait, c’est-à-dire une Douleur comme il n’y a pas de douleur au monde, la douleur de toutes les générations, de tous les hommes, de tous les coeurs. »
 
Il faut lire ces pages inouïes, ne pas craindre d’entrer dans la logique bloyenne : aujourd’hui, elle n’a rien perdu de sa puissance.