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Blasons du corps limpide de l’instant

Il ne nous reste qu’à imaginer le centième texte du livre de Gérard Pfister, les 99 livrés en 9 séquences de 11 éléments nous sont à présent connus. Les 99 textes, comme pour préparer la venue du 100°, demandent tant de présence que nous n’arriverons jamais à ébaucher l’ombre du manquant. Le 100° nom ne doit-il pas rester inconnu pour respecter la tradition ?

Nous voici face à face aux textes de Gérard Pfister, face aux choses, face à nous-mêmes ; en ce face à face, hors toute architecture, la rencontre n’est pas évidente, ni l’écoute. La plénitude se mérite, se gagne méditation après méditation, avec le risque de nous abîmer en cours de plongée. Si l’édifice construit par Gérard Pfister tient merveilleusement debout, sa visite pose problème ; il ne suffit pas de « suivre le courant de l’eau qui s’écoule en nos cœurs ». Ni de nous mettre à « l’écoute (de) l’instant », pour approcher l’autre, le même, l’inattendu, le désiré, le désirant.

Quoi qu’il arrive « nous restons (toujours) au dehors », comme étranger à tout. Nous nous retrouvons parfois dans le « seul instant (de)(du) vivre », les vains face-à-face dans le désir, l’abîme, l’autre, l’oubli, la présence... ne sont que leurres, illusions. « Nous raconter », « nous nous racontons », sans plus.

Les « 99 regards sur le seul » de Gérard Pfister nous permettent d’échapper à notre espace recroquevillé, de prendre l’envol, d’accéder à l’essentiel de la vie même de l’instant, de nous appréhender en dehors de ce qui nous étouffe. 
  Qu’es-tu parti chercher ailleurs,
 Toi qui n’es que misère :
 la faim,

 

 la misère même du dieu 
  que tu veux oublier.

 
 Les déclinaisons spirituelles de Pfister ne se donnent pas, elles s’arrachent. Quand le lecteur les frôle, il est envahi par une immense douceur. Là est, en définitive, la leçon d’un poète découvert il y a dix-huit ans, et jamais quitté depuis lors.
 Dans l’amande

 est sa danse 
  et sa lumière 

 a réchauffé
  jusqu’à nos cœurs boiteux