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Bérulle, ou l’abandon à Dieu

 « Si l’homme est au pouvoir de Dieu, comme l’argileentre les mains du potier, qu’en est-il de la liberté humaine ? », interrogeait en son temps le cardinal de Bérulle (1575-1629). La question n’a pas vieilli. Elle taraude l’homme contemporain comme elle taraudait l’humaniste du XVIIe siècle. Pierre de Bérulle est un maître spirituel à redécouvrir.
 Issu de la noblesse de robe, ce disciple de saint Augustin, qui aurait pu prétendre à une belle carrière ecclésiastique, fut saisi par l’insondable grandeur de Dieu face au néant de la créature humaine. Ministre et diplomate, introducteur du Carmel réformé en France, il fut l’une des grandes figures de l’Ecole française de spiritualité, qui donna naissance aux Oratoriens, aux Sulpiciens, et aux Eudistes
 Avant de discerner son appel à exercer son ministère sacerdotal en plein monde, Bérulle passa chez les Chartreux, les Capucins, les Jésuites. Dans une période de grands bouleversements, il ne cessa donc de s’interroger sur l’homme et sa liberté, comme le montrent ses propres écrits réédités, ainsi que le livre de Richard Cadoux. Un seul mot, en apparence désuet, sûrement décalé, résume cependant sa spiritualité : « Servitude ».
 A l’asservissement du péché, Bérulle répond en effet par le service inconditionnel à Dieu. « Pour lui, la liberté de l’homme réside dans le consentement à une grâce toute¬puissante et victorieuse », commente Richard Cadoux. Un consentement de tous les instants et de toute la per¬sonne, sonne, à l’image de la Vierge Marie qui ne connaît ni repli de l’intelligence ni retard dans l’obéissance, allant « de silence d’adoration en silence d’abandon ».
 Peut-être plus pasteur et mystique que théologien de métier, Bérulle meurt le 2 octobre, en prononçant ces paroles à l’autel : « Reçois, Seigneur, l’offrande de notre servitude ».