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Michèle FINCK

Balbuciendo

Collection Les Cahiers d'Arfuyen
n°203, ISBN 978-2-845-90177-3

12 €

Balbuciendo est le premier ouvrage de Michèle Finck publié par les Éditions Arfuyen, et son second recueil. Il y trouve cependant tout naturellement sa place tant sa démarche présente d’affinité avec la ligne des Éditions.

Longtemps, Michèle Finck n’a publié ses poèmes que dans des revues (en particulier Polyphonies, et le Nouveau Recueil). Ce n’est qu’en 2007 qu’a paru son premier recueil, L’ouïe éblouie, qui réunissait plus de vingt ans de poésie (aux éditions Voix d’encre). De ce premier livre, Jean-Yves Masson écrivait : « Voici le langage à l’état naissant. Voici l’extase antérieure aux significations mortes qui encombrent notre cerveau. [...] Poésie et musique ici célèbrent de nouveau leurs noces mystiques, splendides et troublantes. Jusqu’à l’éblouissement. Jusqu’à l’illumination. Jusqu’à l’enchantement » (Magazine littéraire, nov. 2007).

Parallèlement à l’écriture poétique, Michèle Finck a traduit des poètes allemands (Trakl) et publié des études sur Yves Bonnefoy et Claude Vigée, ainsi que des essais sur les rapports de la poésie avec la danse (Poésie moderne et danse. Corps provisoire, Armand Colin, 1992), avec la musique (Poésie moderne et musique. Vorrei e non vorrei. Essai de poétique du son, Champion, 2004) et avec les arts visuels (Giacometti et les poètes. « Si tu veux voir, écoute », Hermann, 2011).

Les années d’écriture de Balbuciendo sont des années de repli sur soi et de travail poétique plus monacal, durant lesquelles elle médite au quotidien l’interrogation rilkéenne des Lettres à un jeune poète : « Mourriez-vous, s’il vous était défendu d’écrire ? » Années marquées par la double épreuve d’une séparation en 2004 et de la mort du père en 2008.

Balbuciendo comporte trois parties : « Sur la lame de l’adieu », « Triptyques pour le père mort » et « Scansion du noir » Dès les premiers vers de la première partie, une voix s’entend, un ton est donné. Douloureux, tendu, obsessionnel : « La mémoire fond lentement dans la bouche. / Vouloir la vomir et grimper hors du crâne. / J’entends la tête sans corps de la folie / Siffler ses chiens. Son groin déterre les cris / Des astres. »

Première et deuxième partie sont toutes deux précédées d’une citation de Paul Celan, et c’est, en effet, bien plus la diction particulière d’une certaine poésie allemande que l’on entend ici que le registre de la poésie française. Une manière de refuser d’adoucir, d’asséner les images, de creuser la souffrance. Une forme de violence dans la scansion, une sorte de sonorité rauque comme la voix de Marlène Dietrich. De même que la poésie d’Anise Koltz garde en français la couleur particulière de la langue allemande dans laquelle elle écrivit ses premiers recueils, on ne peut qu’être frappé de reconnaître chez Michèle Finck cette même sensibilité expressionniste, si rare dans le paysage de la poésie française.

C’est cette même tonalité étrange et prenante qu’on retrouve dans l’ouverture de la troisième partie, « Scansion du noir » : « Écriture : tour, terre, terrier, trou. / À-pic du cri dans l’œil de la gorge. / Les mots titubent atterrés de mémoire. / Les souvenirs brûlent le vagin du visage. / Une étoile anonyme essuie les larmes. / Les onomatopées de l’os tournoient. / Poème : scansion du noir, balbuciendo. » Si chères aux expressionnistes allemands, l’allitération, l’accumulation, la rupture sont ici souveraines.

Écriture du titubement, de la brûlure, du tournoiement. Où l’on retrouve aussi le lien profond que Michèle Finck établit entre la poésie, la musique et la danse : le poème n’est pas seulement écriture de la pensée, mais du corps tout entier : de l’›œil, du vagin, du visage, de l’os. Comme une scansion de l’indicible, comme le balbutiement d’une étoile entre le cri et les larmes.