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Didier AYRES

(1963)


Didier Ayres est né à Paris le 31 octobre 1963. Après le baccalauréat, il décide de voyager. Il parcourt la Grèce, l’Égypte, les Antilles et le Brésil. En Guyane, où il réside plusieurs mois, il commence à écrire.
Revenu en France, il gagne sa vie dans divers emplois avant de reprendre des études de lettres à la Sorbonne.
En 1997, il publie un premier recueil de poèmes, Nous (William Blake).
En 2003 paraît aux éditions Arfuyen Comme au jour accompli, avec une postface de Jean-Yves Masson.
Auteur de plusieurs pièces de théâtre, il a soutenu en 2002 une thèse sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès (qui fut lui-même élève de Jean Mambrino).
Il vit aujourd’hui dans une petit ville du Limousin.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Comme au jour accompli

Le Livre du double hiver

Monologue depuis le refuge

Didier Ayres

Le Livre du double hiver

Comme au jour accompli

Monologue depuis le refuge

Écrire pour vivre

Monologue depuis le refuge

Monologue depuis le refuge

Flamme ou le travail de nudité

REVUE DE PRESSE

Flamme ou le travail de nudité, lu par Françoise Urban-Menninger
e-litterature.net (26/07/2014), par Françoise Urban-Menninger

Dans la lignée de son lumineux Monologue depuis le refuge, Didier Ayres publie Flamme ou le travail de nudité. Dans ce recueil découpé en six mouvements, les poèmes et les proses déroulent leurs oriflammes dans une profusion d’images baroques qui font tanguer et imploser le carcan des mots.

Partout la couleur rouge empourpre le fil des pages, elle apparaît dans le drap de sang du cantique, c’est celle des chiens, des calicots écarlate, celle des mains, de l’herbe... Elle devient l’expression rouge qui incendie les mots sous la peau tandis que les neiges tardives, la corde de givre, l’épiphanie hivernale, l’hiver jaune , l’âme qui est devenue une écharpe de givre annoncent l’hiver pour seule saison et préfigurent la mort enfin et sa guitare.

Autre thème récurrent que cette guitare qui nous joue en sourdine cette musique de l’ombre que le poète appelle la guitare triste de la ténèbre et qui affleure sous les mots et les images telle une ritournelle. Et Didier Ayres de nous confier sur le ton de l’aparté : « J’écris sans savoir, sinon pour poursuivre. » Et voici sans doute la clé de cette écriture qui nous porte, nous emporte et nous transporte dans un ailleurs où les images belles et singulières irradient tout en faisant écho aux lointains archétypes enfouis dans les tréfonds de notre inconscient. Les hirondelles de cuivre ou les grands cerf de métal, les épis magnétiques de l’amour nous font tourner sur le manège de la mélancolie où avec Didier Ayres il faut que l’on rêve.

Le sacré et le profane ont partie liée dans cette écriture visionnaire qui met l’âme à nu en la trempant dans une encre de chair et de sang. Car l’auteur nous le signifie et nous le répète à l’envi : « Je suis passé par ces diverses pénombres... » et d’insister en affirmant : « Tout le monde connaît ce goût de mort. » Et c’est bien évidemment ce goût de mort qui sous-tend tout le travail de nudité dans lequel le poète appréhende sa lucidité en la redoublant dans une lumière aveuglante qu’il qualifie de foudroiement.

« En un sens, le corps est plongé dans sa propre masse narcissique » et l’auteur d’avouer ainsi l’impossibilité même de conclure. Car Didier Ayres l’écrit, il est dans une sorte d’écart, d’intervalle, mais quel intervalle !? Si dans cet intervalle on perçoit l’angoisse nue de nos yeux, on entend avec le poète les signes et comme lui, on a envie de s’écrier : « J’ai commencé de mourir ; c’est pour cela que je suis en vie. »

PETITE ANTHOLOGIE

Comme au jour accompli
(extraits)

 Les chevaux se tiennent là dans ce jardin en équilibre. J’ai souvenir de ceux-là et des rossignols. Et je vois les cimes et les voûtes et les étoiles entre elles et je les appelle du nom de l’or et des éléments précieux. Et je crois être aimé des hauts arbres de la fortune où le soleil se décuple et se multiplie. Je suis dans de brillantes lumières que j’appelle des lanternes terrestres.

*

Et la nuit
Et la forêt
où s’abritent les chevaux
Les chevaux et leurs harnais d’or
Rassemblés près du fleuve
Près de l’eau
Les roses
Aux confins de la nuit
Et les arbres
Les arbres qui forment des rosaces
Et des coupelles
Et les orchidées
Et le ruisseau
Qui engendre de fugitives couronnes
Et les constellations
Comme une brassée de jonquilles
Et les chevaux
Les chevaux qui avancent
Jusqu’à de brillants pontils
Et les navires
Les navires
Pleins de fleurs
Et la forêt
Et les arbres
Et les roses
Les roses
Les roses qui gisent
Dans de rouges chaloupes
Et des chariots de feu (...)

*

Il y a dans cette source
La connaissance de la nuit
Et des berges de nacre
Comme de fugitifs témoins
De ce néant de toujours
Qui te surplombe et t’obsède.


Le Livre du double hiver
(extraits)

A ce frère d’étrangeté que j’habite et qui m’habite
forme brève du silence
éternité à ce passage
eau brûlante des chambres
la mort est sans doute elle aussi un sommeil mais touché 
 de la flèche chaude de la nuit
division n’est rien à ce séjour comme arbitraire
de ce désir qui vient battre en soi 
 comme un torrent de pourpre dans le milieu du jour
le monde m’est diurne
j’ai peu de ce trait pourpre de la mort
je suis absence au rien de signifier
je parcours comme à l’envers
j’ai connu le soleil à sa traversée nocturne
je tiens la flèche tardive des saisons
la mort n’est autre ni même instruite
blessure matutinale à laquelle je suis comme hanté
je suis à l’espace indifférent de cette chambre
le désir est bien un habitant comme une demeure divisée
saturation de la nuit.

*

Allons à la figure d’été
dans les eaux fraîches du néant
allons comme embrassés
ce mitan d’obscur
routes de juin
puisque juin est oiseau
le sommeil est une heure
puisque nous sommes assemblés.

*

Eté oiseau brûlant
et encore de hautes herbes rouges
rossignol été de la chambre
dans la nue demeure
comme enfants de la demeure
jeune aimée de l’âme d’aimer
abeille au milieu de l’amoureux.