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"Aux sources du hassidisme", lu par Brigitte Bouillon (BSM)

La publication de sa nouvelle étude est une belle occasion de remercier Catherine Chalier. Philosophe et spécialiste du Judaïsme, depuis des années, elle approfondit, fait connaître et goûter les commentaires bibliques, les sources et les développements de la tradition juive. N’oublions pas non plus qu’elle a beaucoup contribué à une meilleure compréhension de l’œuvre de Levinas.

Signalons encore à quel point la réflexion ouverte qu’elle déploie permet à ses lecteurs de découvrir combien les traditions « spirituelles » – sans pour autant gommer les différences, voire leurs divergences d’approche – s’enrichissent et peuvent se rencontrer dès lors qu’elles sont suffisamment creusées, c’est-à-dire étudiées et surtout vécues en gratuité.

Il est évident par exemple, qu’un chrétien se trouve en consonance avec bien des aspects du hassidisme transmis par le Maggid de Mezeritch. Un moine cherche, lui aussi – même si son contexte de vie est différent – à transfigurer chaque instant, chaque activité, par la quête du visage de son Dieu. Le fait que le hassidisme offre à tous la possibilité de goûter à la vie spirituelle en toutes ses richesses ne saurait non plus le laisser insensible à notre époque où la soif est grande chez beaucoup de laïcs de s’attacher aux valeurs monastiques sans quitter leur contexte de vie. Merci donc à Catherine Chalier pour son œuvre de « passeur ». […]

Par-delà les spéculations théosophiques de la Cabale, le Rabbi insiste sur les conséquences du Tiqqun (réparation) proposé à l’humain. Toute créature porte, cachées en elle-même, les précieuses étincelles qu’il s’agit de délivrer. D’où ce « regard aimant et respectueux posé sur chacune ». Pourtant le Maggid n’ignore ni les forces du mal, ni la fragilité humaine. Il y a donc combat. Une ascèse très exigeante et quotidienne. Elle consiste en une lutte contre le mauvais penchant, « sentiment illusoire de constituer un être pour soi, autonome, séparé de Dieu ». Or, l’humain ne peut rien sans Dieu. Parallèlement, le désir d’unité avec Dieu qui l’habite « n’entraîne pour-tant aucune fuite hors du monde, aucune désertion de la tâche humaine », spécifie Catherine Chalier. La vitalité du Créateur « anime » toutes les créatures et la responsabilité est totale vis-à-vis de tous.

Remarquons encore à quel point le Maggid ne réserve pas son enseignement aux mieux doués mais l’adresse à tous. Souvent, il insiste par exemple, sur le fait qu’il « suffit de prononcer quelques mots de la Torah avec crainte et amour pour leur donner une vitalité nouvelle » car « la moindre tentative de se rappro- cher de lui, fut-elle pleine de maladresse et encombrée par ses soucis et ses souffrances propres, l’attire vers les hommes ».

Spiritualité très simple donc, mais exigeante et pleine d’empathie, toute centrée sur l’essentiel : la rédemption collective mise en œuvre dès aujourd’hui par chacun en un travail de libération intérieure, de présence à l’autre et de joie. Celle de pouvoir goûter – même furtivement – le plaisir donné à Dieu et le bien de lui être uni. Désir du Jour où « l’Éternel sera un et son nom un » selon Zacharie 14, 9, verset qui chante l’espérance de la tradition juive. Nous sommes là très proches de la voie monastique. [copyright Bulletin de Spiritualité Monastique, Collectanea Cisterciensia]