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Autour du vide

 Née à Buenos Aires, l’écrivain a commencé à écrire des nouvelles en espagnol, sa langue maternelle. Arrivée en France en 1961, elle prolonge son séjour à Paris et reprend ses écrits directement en français. Traductrice, auteur de nouvelles, de poèmes et d’essais, l’auteur a publié aux Éditions Granit, chez José Corti et aux Éditions du Seuil.
 Dans ce nouveau recueil intitulé Autour du vide, Silvia Baron Supervielle écrit avec l’âme d’un funambule : « J’écris encore / avec la corde / du corps / sur l’abîme / comme avant / de lâcher le vide ». Paradoxalement, le vide l’habite et la contraint à extraire du fond d’elle-même sa quintessence. Mais le vide appelle le vide et l’écriture est cette corde qui se tend entre soi et soi.
 « La flèche de la pensée », dont parlait Paul Klée, transcende tous les vides sans que jamais l’on puisse se départir de soi. L’écriture est une quête sans réponse. Elle est tout entière dans cette quête d’elle-même qui n’est autre que l’expérience du vide. Voilà pourquoi, les poèmes brefs de Silvia Baron Supervielle sont autant de coups de griffes infligés au silence qui nous enserre : « jusqu’à ce que / l’aube / reste dans / le noir ».
 À la lecture de ces poèmes qui dansent autour du vide, un vertige saisit le lecteur. Vertige dans lequel l’âme nue trouve son écho. Car étrangement le vide se nourrit du vide pour l’engendrer. Le vide est à la fois cette question et cette réponse qui libère l’esprit dans un espace de plénitude recouvrée : « je peux partir / ma quête s’est achevée / mes lèvres / connaissent / le nom ».
 L’écriture, née du vide, accomplit le miracle absolu de nous rendre ce vide nécessaire, voire essentiel.
 Silvia Baron Supervielle propage en nous « le cri convoité » qui réveille notre vide intérieur, « ce mal de l’espace » où se joue le tragique humain de notre existence. Nous existons dans l’écriture et dans cette lecture de nous-mêmes où même la mort couronne notre vide désespéré de sa lumière apaisée.