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Au front des sapins

 Ne faut-il pas un certain « toupet », comme l’écrit l’auteur page 70, pour parler au nom des sapins, nos maîtres ès écritures ? Après le beau poème d’Apollinaire, dans ses fameuses Rhénanes, dont une strophe est ici en exergue... Et sur plus de soixante douzains (poèmes en trois quatrains) – qui commencent presque tous par l’apostrophe « Sapins » et forment de la sorte un long chant entraînant... Chanson « mi-triste mi-tendre », pour nous dire ces arbres tutélaires dont la fascination qu’ils exercent n’a d’égale que leur beauté.
 Ils sont ici nos compagnons, sentinelles ou sémaphores de la vie, de l’amour comme des chagrins, toujours attentifs, toujours solidaires : nos « consoleurs », que ce soit dans le Jura natal de Maximine, ou bien en Alsace, partout ailleurs. Gardiens des secrets d’enfance, vigies, scribes ou prophètes, leurs qualités dépassent les nôtres : la droiture bien sûr, l’austérité, la loyauté, et surtout le respect - aussi bien des saisons, de la neige, que des loups – « Ils ont leur âme et leur mystère ». Ils comptent les astres et surveillent notre horizon, en leur verdeur égale, ayant vite fait de devenir nos « sérieux amis ».
 En une langue drue, souple, âpre parfois, et qui toujours chante, et nous enchante, Maximine donne vie à nos « frères non mobiles » comme disait Giraudoux, « lignée d’ancêtres bienveillants » qui veillent non seulement sur la forêt, le temps qu’il fait, mais le monde en son entier, notre rêverie et nos illusions.
 La seule loi que je connaisse 
 Est la loi des sobres sapins, 
 Devant eux je joindrais les mains 
 J’apprends des leçons de rudesse.
 Merci à l’auteur, et à la magie de son poème, de nous les donner en partage, ces leçons de beauté et de sagesse.