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Au-delà des frontières

 De René Schickele, Thomas Mann a dit que son écriture « est toujours comme un épithalame qui unirait la France et l’Allemagne ».
 Écrivain de langue allemande, pilier de la littérature alsacienne, René Schickele est resté un grand incompris, défenseur de la non-violence et opposant au totalitarisme quel qu’il soit (pas étonnant que le régime nazi s’en soit pris aussi violemment à ses livres). Il a longtemps œuvré à la réconciliation franco-allemande dont il avait fait son cheval de bataille. Sa mort, à l’aube du second conflit mondial, l’aura peut-être empêché de voir à quel point la bêtise humaine à répétition a pu conduire à la barbarie et l’absurdité, une fois encore...
 Le Prix du Patrimoine Nathan Katz 2010 a récompensé cette œuvre et sa traduction. En espérant que la tombée dans le domaine public des lignes de René Schickele le fasse sortir de l’oubli, il le mérite amplement.
 Dans Paysages du ciel, traduit pour la première fois en français, l’auteur dépeint le quotidien, le monde qui l’entoure à travers les paysages de la Forêt Noire, de l’Allemagne, des Vosges, de la Suisse... vaste espace dans lequel l’écrivain pose sa plume pour se remémorer les souvenirs d’enfance et les moments joyeux de sa vie. Il y a beaucoup de simplicité et de tendresse dans ces lignes, de l’amertume aussi dans ce regard tourné vers une époque et un univers qui ne sont plus. Sans doute, comme le souligne l’éditeur dans sa notice, faut-il y voir l’exil auquel Schickele a été contraint, quittant sa région natale pour le sud de la France en 1932.
 Il est difficile de citer l’un ou l’autre fragment de l’ouvrage sans le dénaturer, sans briser cette harmonie qui s’étale au gré des pages, dans une sorte de bienfaisance de l’esprit. La sérénité (mais aussi la lucidité) dont fait preuve René Schickele fait du bien et donne matière à réflexion sur nos existences parfois compromises.
 Comme le souligne une des traductrices, Maryse Staiber, l’auteur a retrouvé le plaisir des choses simples et grand est son talent pour le partager avec ses lecteurs, même à titre posthume. Entre humour et tendresse, Schickele se moque des frontières pour nous inviter à un grand voyage, celui de la découverte et de la communion fraternelle autour de cette terre qui nous accueille et qui peut être si belle. Quand nous ne nous comportons pas en imbéciles.
 Superbe recueil.