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Françoise ASCAL

(1944)

 Françoise Ascal est née en 1944 à Villemomble (Seine-Saint-Denis). Elle conserve des attaches dans les Vosges saônoises d’où sa famille paternelle est originaire.
 En 1963, elle abandonne une licence de Lettres modernes à la Sorbonne pour se consacrer à la poterie et au modelage. Elle ouvre quelques années plus tard un atelier artisanal de poterie qui sera son activité essentielle jusque dans les années 80.
 Mariée en 1965 avec Bernard Ascal, artiste-peintre, elle donne naissance à un fils en 1970.
 En 1975, elle quitte la banlieue parisienne pour s’installer dans un petit village à l’extrémité de la Seine-et-Marne.
 Elle crée un atelier d’expression plastique dans un Centre de soins pour adolescents malades ou handicapés, qu’elle anime jusqu’à ce jour. Elle devient en 1982 formatrice à l’école d’élèves infirmières de Maison-Blanche, à Neuilly-sur-Marne.
 En 1985 paraît son premier recueil, Le Pré, aux Éditions Atelier La Feugraie. D’autres suivront chez le même éditeur ainsi que d’autres maisons, comme Paroles d’Aube, Cirrus et Calligrammes.
 En 1986, elle commence une initiation à la calligraphie arabe avec Ghani Alani. Elle participe avec ses dessins, collages et encres de Chine à des expositions collectives jusqu’en 1995.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Le Sentier des signes

REVUE DE PRESSE

Françoise Ascal
Le Mensuel (11/01/1999), par Gaspard Hons

 Françoise Ascal a été initiée à la calligraphie arabe par Ghani Alani. Initiation et non apprentissage, dévoilement et dépassement de soi et non le désir de trouver une nouvelle expression plastique.
 Du chemin emprunté elle rapporte comme le témoignage poétique d’une recherche intérieure, la conduisant à l’humble parole : je ne serai jamais calligraphe. Cette aventure intellectuelle (aventure spirituelle, serait plus juste ?) la pose en apprentie, face au maître, face à la matière et face à son propre geste ; seule avec son outil compagnon, le calame. Il s’agit pour elle de conjuguer les trois éléments, de tracer la lettre, qui la découvrira tout en l’effaçant
 Naissance.
 Par le ventre du calame
 par la fente délicate de son bec
 Lèvres qui s’entrouvent
 charnelles
 d’où fuse
 un sang d’encre.

 Au terme de son geste naît un calligramme de lumière, nouant ciel et sens, calligramme absent du livre, laissant au maître le soin de conclure, provisoirement
 Le calame
 est un arbre
 qui se multiplie
 à l’infini
 Le calame
 est un arbre
 dont le fruit,
 est la pensée

PETITE ANTHOLOGIE

Le Sentier des signes
(extraits)

 J’ai décidé de suivre les cours de calligraphie arabe que donne à Paris Ghani Alani.
 Chaque semaine, il me faudra parcourir 180 kilomètres pour me rendre dans la capitale et revenir dans mon village. Le cours dure une heure et demie. Nous sommes une dizaine, assidus, concentrés, prêts à recueillir les fruits d’un enseignement rare.

*

 Que cherchons-nous exactement en ce lieu ?
 Les participants, pour la plupart, sont en quête de leurs propres racines, de leur culture oubliée, enfouie en eux-mêmes depuis une ou deux générations. Il suffit de quelques séances et leurs mains retrouvent d’instinct les courbes d’une écriture familière, bien que non pratiquée.
 Mon cas est d’un autre ordre. Je ne saurais dire en termes clairs le pourquoi de ma présence.
 Seule certitude, l’émotion vive qu’a toujours engendré en moi la beauté plastique des corans enluminés, la souplesse des lettres tracées par le calame. Aucune planche, si riche soit-elle d’entrelacs et de rosaces, venue des scriptoria du moyen-âge, ne m’a procuré une semblable fascination.
 II ne s’agit pas d’établir une hiérarchie parmi ces splendeurs incomparables mais de percevoir, sous la commune virtuosité des maîtres de l’Orient et de l’Occident, un souffle différent, une place assignée à la lettre qui renvoient à des visions du monde singulières.

*

 Avant même que j’en comprenne la teneur spirituelle et philosophique, la calligraphie orientale m’attire par son foisonnement de jardin vivant, dont la luxuriance n’est pas réservée aux seules marges.
 Les lettres elles-mêmes ont la liberté de croître et de s’épanouir en fleurs surabondantes. Là où le calligraphe occidental n’a de cesse de mieux servir son texte, d’en creuser le sens, d’en pourchasser les obscurités – l’ordonnant en colonnes claires et rigides – le calligraphe oriental chante, par des détours et des arabesques, l’énigme de l’être sous les doigts de Dieu.
 Il voile autant qu’il dévoile. Il courbe ses lettres comme de l’herbe sous un vent imprévisible, les ramasse, les étire, ou les suspend au bord du vide. Avec lui, on n’oublie jamais qu’écrire est d’abord un élan, un geste dansant, impliquant le corps tout entier.

*
 
 Obscurément, je cherche à approcher l’Unité qui se laisse pressentir dans la médiation de la lettre en Islam.
 Lettre ayant partie liée avec le Sacré, dès l’origine, dès la première injonction de Dieu : « Écris, au nom de ton Seigneur, prends le calame... » Le Verbe s’est fait Livre – et non Chair, comme dans l’Occident chrétien. Le mot coran lui-même signifie lecture. L’accent est mis sur le déchiffrement des signes cachés en toutes manifestations. Il en résulte une sensibilité esthétique moins attachée à la figuration du réel, plus apte à dématérialiser le monde pour le faire ré-émerger dans un espace mental, lieu de toutes les symbioses.
 Lettre en recherche d’harmonie, dans son dessin et ses proportions, avec le cosmos et le corps humain.

*

 Démon de la perfection
 celui qui stérilise.
 À force de tension, le travail s’appauvrit dans la répétition devenue mécanique, jusqu’à se vider de toute substance.
 Ne reste que le goût de vaincre
 le désir de dominer 
 l’orgueil.

*

 Entre les rives du Tigre et de l’Euphrate
 roseaux
 à perte de vue.
 
 Roseaux récoltés et tressés
 pour bâtir les maisons du village
 roseaux des tours de main ancestraux
 flûtes des premiers bergers
 calames des premiers scribes
 incisant les premières tablettes
 issues du même limon nourricier.

 Roseaux
 qu’animaient les cris des milliers d’oiseau.

 Roseaux des origines
 aujourd’hui fracassés.