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Autour du vide

Sept ensembles, dont le thème principal est celui que porte le titre même, nous renvoient aux vides/blancs inscrits dans le demi-cercle peint par Geneviève Asse en première de couverture. Le recueil est lapidaire, il est composé de quelques signes verticaux qui semblent fragmenter la composition avec de nouveaux vides/pleins. Les images tentent de traduire ce vide en tournant autour de lui et en faisant appel à l’expression de sa transparente pensée à travers la matière même qu’en donne le cristal. Il « enferme / l’invisible » et offre une idée de soi-même.

Ce sont dans des jeux d’apparition et de disparition que l’écrivain rend compte de sa présence fugitive comme un danseur sur une plage ou un funambule sur une corde. Des entités antagonistes et presque minimalistes circulent dans cette langue épurée : la nuit et le jour, la présence et l’absence de l’autre.,.

L’écrivain donne à la langue de l’inaccessible l’image d’un lieu à sa ressemblance. « quand m’arrive la langue », écrit Baron Supervielle, « dont je devine la rive / de l’autre côté de la vie / une étendue magnétique / qui déploie l’immensité / rapproche de mes yeux / la bande étroite du ciel / bruissante sur l’allée / qui mène à la maison / de la mémoire où / je désire mourir ».

D’ailleurs cette langue ne s’éveille que lorsqu’elle se souvient, tournée toujours vers le passé, la mémoire alors ouverte et large. La lisière entre l’imaginaire et la réalité est une ligne de démarcation qui demeure très floue, tout comme la mer n’est jamais très loin non plus en tant qu’incarnation du vide rôdant dans l’espace de l’écriture comme dans celui de la mémoire.

Elle est aussi le lieu de la disparition et du mourir. Les vides s’entrechoquent, vague contre vent, lumière contre infini, ici contre ailleurs, vide contre vide. Tout le vide entoure les minuscules textes déposés sur la page par la vague présence d’un écrivain qui passe et tente de l’appréhender, de l’apprivoiser, d’en faire le tour.

Mettre le vide en mots, autrement dit circonscrire l’impossible, c’est aussi bien le reconnaître en soi que ne pas lui laisser dire le dernier mot. Le vide dans sa béance est une possibilité d’ouverture à tout ce qui n’est pas soi, espace amoureux qui se comble par lui-même.