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Y

 Symbole d’une seconde inconnue ! Ou, écrit Pfister, le mot le plus court et le plus vaste. Lieu ouvert et pur. « Écoute / voler / la poussière ». Sur l’échiquier du silence le moi s’efface, chaque mot s’effacera à son tour pour faire place au rien. Au tout, à l’essentiel, « à un essaim de nuit ».  Rêveur – actif – à la manière de Bachelard peut-être, Gérard Pfister fixe ses traces incandescentes sur la page, dans la blancheur des aubes bourdonnantes. II marche vers une lumière incertaine, semant non des miettes mais des cailloux : repères ou témoignages, points de chute ou points d’ancrage. Ainsi il réduit la distance et dit le non-dit, accède à l’espace des initiés. Au désert de l’immensité des mots écrits : avec sérénité et sagesse il déjoue les rumeurs de la mémoire et s’arrête pour contempler – rêveur éveillé – « le bois d’un arbre depuis longtemps coupé ».
 Ainsi il aborde le versant de l’instant poétique où rien ne sera jamais définitif, où tout glissement sera permis, où tout geste tentera d’abolir l’incertitude, rien que l’incertitude. « L’eau tombe dans l’eau », écrit-il. Le mot devient imprononçable, s’efface quand la voix s’éteint : reste l’écho de l’absolu, reste une lettre, la lettre Y. Lettre ou mot : une question que seul le Livre pourra résoudre. Ou notre lecture obstinée ou notre désir de déchiffrer l’illisible, de décrypter le signe, ce vocable répété sans cesse : « que dire / d’autre / que moi ». Quelle réponse donner à celui qui cherche, à celui qui ne prend pas la peine de s’arrêter, d’attendre, à celui qui ne sait plus ni lire, ni écrire ?
 « Le silence seul / a poussé / un cri ». Ainsi le poème, celui que j’aime, celui qui m’identifie, me dénude. Celui qui m’exile. Qui m’enracine.
 Y : livre sablier qui lentement mesure le silence qui s’écoule entre nos absences-présences, entre nos instants morts et nos instants poétiques.