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Après le pas

 Je découvre Silvia Baron-Supervielle, ses poèmes gravés à la pointe sèche, ses incisions brèves, précises et fulgurantes, ses déclinaisons tantôt convulsives, tantôt d’une étrange logique. Ses poèmes, des tentatives de levées d’amnésie, de travail d’historisation intime tentant de dégager quelque trace en voie d’effacement, ou le contour d’une ombre défaillante, ou la racine primordiale permettant au devenir de redevenir, quoiqu’il arrive. Wo es war, sol ich werden.
 à l’aide de la plume
 du crayon et des ratures
 qui éraflent les copies
 grâce à l’encre trempée
 d’océan et de distance
 avec les feux oubliés
 dans la mémoire secrète
 et le souffle qui ramène
 mon regard et mes pas
 dans la poudre disparus
 je soulève une trace
 effacée vivante

 Les poèmes de Silvia Baron-Supervielle frappent sec, tranchent au plus vif, dans l’être, sa chair, ses affects ; ils franchissent allègrement ce qu’ils mettent en jeu, en scène, à jour, comme si ce qui émerge, n’est promis qu’à être, à nouveau, immergé,
 tel que le seau
 agile plein
 remonte le puits
 et tombe dans
 sa charge quand
 il émerge

 Recomposant son puzzle intérieur, Silvia Baron Supervielle l’embrouille de sitôt. Se faire, se défaire. Recommencer sans cesse à recomposer le cercle sectionné.
 La cinquantaine de poèmes de ce recueil sont autant de tentatives de décryptage d’une image de laquelle il est impossible de sortir : même à moi revenue je reste partie.
 Un pas en plus et je suis dehors ! A quoi répond Silvia Baron-Supervielle, un pas et je suis hors de moi. Je me quitte pour me retrouver.
 Après le pas, il nous reste à prendre place à la table allumée, que nous ne quitterons pas de sitôt.