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Maria Ângela ALVIM

(1926 - 1959)


Maria Angela Alvim est née le 1er janvier 1926 dans une grande propriété de l’État du Minas Gerais, au sud-est du Brésil. Elle est l’aînée de cinq enfants.
Lectrice assidue de Thérèse d’Avila, elle songe un temps à prendre le voile. Mais, en 1945, sous l’impulsion d’un dominicain, le Père Lebret, et du mouvement « Économie et humanisme », elle s’engage dans la carrière d’assistante sociale, alors naissante au Brésil et se trouve quotidiennement confrontée à la misère de son pays.
De cette époque date son amitié et sa collaboration avec Josué de Castro, auteur de Géographie de la faim, et sa profonde admiration pour Simone Weil. 
Au terme de quatre terribles années en maison de santé, elle se donne la mort le 19 octobre 1959.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Poèmes d’août

Maria Ângela Alvim

Cet art du manque, le plus sûr

Plénitude et sortilège

Voix ultimes

Poèmes d’août

Quelques propos sur les Poème d’août

PETITE ANTHOLOGIE

Poèmes d’août
traduit par Magali et Max de Carvalho
(extraits)


Ils sortent la folle de la chambre.
Ils réveillent la folle (d’où ?).
Elle est belle, elle a les yeux fixes
d’une qui est morte pour s’être vue.
(Laissez-la dormir, dormir,
car moi-même je dispense déjà l’horizontale
dans la taille de ce mien corps imprévu.)

Elle est grande et ne me voit,
elle laisse dans les lins sans tache
son repos, si loin,
si loin... ici ?

Je suis ici. Captive aphasie que la folle
apporta avec elle. Et je pense ?
Je m’incline pour la revoir.
Le couloir – un coin –
je suis venue d’où elle s’en fut.

Quel lit très long, quelles hautes
parois étroites ! Toutes blanches.
Je marche sur le carrelage. Cette équerre
dans la porte... (On va la refermer)
sur quoi ?
– sur ce corps répandu
à cette porte, son terme.

Est-ce moi m’écoutant ? Oui, je parle.
Et la voix, si c’est une voix. se délie
en quelque racine de langue, vers le haut. 
– Gorge de celle qui s’en est allée
et maintenant m’habille ?
Demanderai-je ? – Non – que dire –
et je refuse de me dire.

Désir, désir encore,
rien que celui de comprendre. Comprendre ?

– Sur tant de tissu déployé, mes fatigues
redoublées. Nageant parmi tant de tissu
ce petit corps qui est le mien
ignore qu’il flotte. Je ne m’allonge même pas.
Cesser ? Je le puis seule,
or je veux être,
au bord du lit très long, je veux être.

*

Toi - panthère - nuit obscure !
Perdant sa dépouille dans le noir
la lumière se bigarre, jaunit
et lustre le dos de la montagne.

 

Quel soleil, tournesol oblique,
broya son grain dans ce sillon ?
Quelle lune t’ensanglanta le front
ô nuit obscure - panthère ?

Un astre brille en mélasse,
rosée de la faim noire
distille ta langue inerme.

À poindre, le vert t’aveugle,
le regard s’apaise en citernes
et l’aurore s’incline sur ta trace.