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Alfred Kern, en son esprit d’enfance

 Nous le savions, depuis des mois, très fragile. Le cœur d’Alfred Kern, 82 ans cette année, a lâché au matin de ce mercredi 12 septembre, à la clinique Saint-Joseph de Colmar.
 Un écrivain s’en est allé, que l’esprit d’enfance jamais n’abandonna : Alfred Kern est né en 1919 en Allemagne, dans une famille qui cette année-là encore s’installa en Alsace – l’enfance d’Alfred se nourrit de l’animation populaire d’un quartier schilikois, où il fut tôt fasciné par les univers forains. Il se rêva Don Juan des faubourgs, nous dit-il un jour, ou chef d’orchestre, comme il le dira aussi, ou alpiniste. Il fut étudiant en histoire, en philosophie et en théologie, séminariste, germaniste, enseignant à Paris, lecteur chez GaIlimard, écrivain lui-même, aussitôt distingué : du Jardin perdu, prix Fénelon en1950, jusqu’au Viol en 1964 ; et parmi sept romans, le prix Renaudot, en 1960, salua Le Bonheur fragile.
 Le Prix international du roman avait trois ans plus tôt salué déjà Le Clown, œuvre en effet considérable, grand roman d’initiation, qui recueille cinquante années de vie européenne en même temps que la substance même d’un univers où l’enracinement dans l’époque, et l’autobiographie toujours (il faudrait évoquer aussi Les Voleurs de cendres ou L’Amour profane, prix ilvlaurice Metz en 1959), sont emportés par le mouvement de grands mythes universels, et de l’imagination pure.
 Authentique univers romanesque, auquel Kern un jour, de retour en Alsace et désormais installé à Haslach, au-dessus de Munster, préféra la fascination déjà ancienne, mais excitée soudain au conract de la nature vosgienne, pour les minéraux, les végétaux, les insectes : passion d’entomologiste doublée d’une sensible curiosité pour les arts et artisanats de la micro-mise en scène et de la photographie. Esprit d’enfance en réalité, inentamé : tout était déjà là dans le nom qu’en 1957 il prêta au héros du Clown, le si bien nommé Hans Schmetterling. Papillon, comme il aurait pu dire libellule...
 Le romancier entretemps avait accouché du poète (Gel et feu et Le point vif, paraissent en 1989 et 1991 chez Arfuyen, où d’autres publications sont annoncées) : « La poésie, c’est notre mort même, qui rôde autour de nous.. », lâcha-t-il l’an passé à quelques amis réunis autour de lui à Schiltigheim. Et l’essentiel inachèvement de l’art poétique, dit-il, touche à l’infinie beauté et tragédie de la vie même, où la figure du clown se confond avec celle de Thomas Bernhard –Alfred Kern avait en son temps introduit l’œuvre du dramaturge et imprécateur autrichien en France.
 Un office funéraire a lieu le mardi 18 septembre à 14 h en l’église catholique de Munster, où l’on se réunira. Puis Alfred Kern sera enterré dans le caveau de famille au cimetière Sainte-Hélène de Strasbourg.