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Alain Suied

 Notre ami Alain Suied est mort cet été discrètement, comme il avait vécu. Peu de gens savaient qu’il était atteint d’une maladie terrible. Il continuait, comme si de rien n’était, à nous envoyer ici un article (souvent de brèves recensions, dictées par sa générosité et son désir de faire connaître les auteurs qu’il aimait). et là une lettre où il disait son angoisse d’homme et de Juif devant les atteintes causées par l’idéologie ambiante aux valeurs qu’il chérissait.
 « J’entends, m’écrivait-il récemment, que certains osent nie qualifier de "comnnmautariste". Quelle ironie ! ». Ce qualificatif de « communautariste », il le devait à sa défense du poète Paul Celan, dont la thématique profondément juive fut longtemps niée – avant d’être reconnue par
tous. Alain ne jugeait pas que mettre l’accent sur la judéité d’un poète fût chose répréhensible.
« Dans le contexte français, m’écrivait-il encore, je dis une identité malmenée et je l’assume ». Rappelant au passage son engagement citoyen – « syndicaliste depuis 30 ans (CFDT FSU) » –, il évoquait sa dénonciation « des crimes du Rwanda et du Darfour » et les luttes qu’il avait menées « dans le respect des identités et des pensées de chacun ».
 Blessé d’avoir ainsi à ses justifier devant des hommes qui étaient à mille coudées au-dessous de sa stature morale et intellectuelle. Alain ne cachait pas sa colère. « En définitive, m’écrivait-il cependant, le temps et mon travail (mes poèmes, mes traductions, etc.) feront justice de tout cela ». Combien il avait raison. Mais combien il est triste de penser qu’il ne sera pas avec nous pour le voir. Et que nous avons perdu ce poète, cet homme de culture que son insatiable curiosité intellectuelle et artistique faisait passer de la psychanalyse à l’École de Francfort, de la musique de chambre à l’opéra, de la parole juive au chant universel.