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Alain Suied, le passeur

 Lorsque paraît début 1992, en édition discrète, L’Éveillée, première partie du présent livre, Alain Suied commençait en même temps qu’un travail de deuil, une longue méditation sur la mémoire et la filiation. Il venait de perdre sa mère, porteuse du fil invisible des générations : éloge de la perdue, plutôt de celle qui s’est mise en retrait, pour mieux être présente. Ce premier travail, venu à jour sur le vif, comme un cri de coeur à coeur, s’est prolongé jusqu’à la présente publication par une plongée dans le vivant.
 On n’écrit jamais pour oublier, mais pour demeurer dans une proximité, pour aviver une rencontre fabuleuse, même en cas d’abandon, d’absence, de manque. Quand Alain Suied écrit, dès la perte : "vous voici jetés dans le monde / et nous voici recousus / dans le monde",
il portait déjà ce que longtemps après il allait confirmer.
 Ce long questionnement pour fixer une filiation, pour nommer d’abord, ensuite pour inscrire définitivement un nom, témoigne d’un parcours intime dans le commencement, par des larmes et un dialogue devant la tombe, jusqu’à cette joie qu’il nous a été possible d’inscrire en notre propre traversée :
  Qui porte mon visage ?
 Est-ce moi ? Est-ce toi ?
 Mémoire – tel est ton nom, visage ! 
 Le poète enveloppé de (son) absence, se met attentivement à l’écoute de celle qui malgré son absence transmet encore le message, le témoignage de ce qui a précédé et qui doit être donné comme un gage de fidélité à la vie. Un nom est porteur de tout un passé, la filiation ne sera jamais rompue, malgré un chaînon manquant. L’ami Alain dans une suite intitulée Le Nom de Jacob, prend le relais en rappelant un premier matin et en s’inscrivant comme passeur vers un futur de lumière. Le passé a été gravé, il a été transmis, par Alain Suied, lors de l’édition discrète de la première édition du texte L’Éveillée : "à Victor James Suied, à Dany, François et Stéphane Lacroix,... aux familles Suied, Dabi, Riahi, Slama, Sala, Brami... "
 (..) De génération en génération
 cela traverse. De regard en regard
 cela éclaire.