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Alain Suied

 Le numéro 31 de l’originale revue Nu(e) publiée à Nice sous la direction de Béatrice Bonhomme est consacré à Alain Suied dont j’ai plusieurs fois présenté ici l’œuvre poétique. Il s’ouvre par un échange entre Suied et Pierre Dubrunquez qui porte sur l’essentielle continuité métaphysique et le dépouillement d’écriture caractérisant l’une et l’autre une création qui se poursuit depuis 1968, date de la publication des premiers textes du poète dans L’Éphémère  ; il avait seize ans.
 Le volume contient ensuite plusieurs cahiers de poèmes entre lesquels figurent quelques textes d’une seule page peut-être moins magiques en étant plus explicites. Une note de Gérard Pfister souligne le mouvement de transcender qui est au coeur de cette poésie : vers l’indéterminé, l’autre, l’Ouvert, le nom manquant ; on saisit là, sous le vocabulaire ontologique, la profonde racine hébraïque d’une telle quête. Suit un cahier de dessins « Taches d’encre » de Pierre Dubrunquez avec un texte court et très beau du même, évoquant – pour faire bref – les affinités entre poésie et peinture : « Formules, figures ».
 En abordant les poèmes, on retrouve le rythme et le ton de Suied, une voix à la fois intensément personnelle et tout à fait pudique, avec ici l’accentuation d’une tendance litanique. On retrouve aussi une question qui nous touche particulièrement – elle fut aussi celle de Celan – : peut-on pressentir dans l’absence une présence, ne serait-ce qu’une lueur filtrant dans une faille, fût-elle irreprésentable et inatteignable, ou du moins l’espérer ? Ou bien est¬elle illusoire ou abolie ? « Qui revient dans les traits / du visage, quel inaccessible amour ? ». Une question qui s’impose à certains – au titre de leur origine ? –, les assignant à veiller sans fin sur ce « seuil » qui était déjà celui des prophètes d’Israël. « Dans ton coeur elle vacille encore / la flamme des ancêtres ».