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Alain Suied

  « Le poème, toujours, montre le lieu avant le chemin, l’espace sans limites ni centre où le langage n’a plus cours, mais où son objet même est justement figuré : une élémentaire, une originelle Innocence. »
 Pour Alain Suied, le poème est bien plus que ce que les bancs de l’école et les chanteurs de charme nous ont appris à entendre sous le terme un peu fade de « poésie ». Non pas l’exercice anodin de bricoler avec les mots d’agréables objets, à retenir longtemps dans la mémoire : « le langage nous ment », c’est au delà du langage que le poème doit tendre, vers ce que Suied appelle « l’Indéterminé ».
 Ainsi le poème est-il à sa manière méditation, pleine d’une tendresse filiale, sur ce « nom manquant » qui constitue le coeur même de la spiritualité judaïque. Et c’est un chant adressé à l’autre, à l’Ouvert, à cet éternel interlocuteur des poètes, que célébrèrent les Rilke et Hölderlin. « Voir l’Ouvert, nous dit Alain Suied, voilà la tâche colossale du poète aujourd’hui, après la vertigineuse trahison de l’homme par l’homme, de la société par la société, après l’horrible certitude que l’homme peut décider de détruire l’homme et le monde... »
 Tâche prophétique, dans la plus haute tradition du Livre, toujours vouée à l’échec par l’insuffisance du langage, par la pesanteur des conformismes sociaux, toujours à recommencer. Là est l’enjeu du poème : « situer la parole au coeur même de sa fragilité – n’être qu’un pont entre deux univers contradictoires : le réel sans formule et l’arbitraire trop humain du discours. »