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"Ainsi parlait Thérèse d’Avila", lu par B. Bouillon (Collectanea Cisterciensia)

Ainsi parlait… Quelle merveilleuse affirmation ! Elle rappelle ce que hélas
nous oublions trop souvent : lire n’est pas se pencher sur un texte figé, mais
rencontrer une personne vivante qui s’adresse à nous, qui nous parle. Lire, c’est
écouter quelqu’un, découvrir son unicité, entendre le langage qui lui est propre
mais qui peut entrer en relation avec le plus intime de nous-mêmes, si nous
sommes attentifs, ouverts, désireux de risquer la relation et d’en être changés.
Ainsi parlait… ainsi parle… Écoute si tu le veux.

Ainsi parlait Thérèse d’Avila, il y a 500 ans. Depuis, elle n’a jamais cessé de
parler. L’écouterons-nous cette année ? Certes, des gens savants et d’autres qui
disposent de longues plages de lecture peuvent lire ses nombreux ouvrages –
parfois ardus ou très spécialisés. Mais les autres ? Les Éditions Arfuyen, qui
déjà ont publié plusieurs livres de Thérèse, et sur la spiritualité du Carmel, ont
eu l’idée de cette nouvelle collection. Environ 200 brèves citations tirées de
l’ensemble de l’oeuvre, dont B. Sesé a réalisé, au plus près du castillan, texte
source, une belle traduction en un style clair et plaisant, nous permettent « de
bénéficier pleinement de l’original et de retrouver la voix de la Madre »
en ses
divers registres. […]

Le nom de Thérèse évoque l’oraison, certes, mais son langage n’est pas convenu.
Elle dit par exemple : « L’oraison mentale n’est pas autre chose, à mon
avis, qu’un commerce d’amitié où l’on s’entretient bien des fois seul à seul
avec celui dont nous savons qu’il nous aime »
, ou encore « Dieu veut, dans sa
grandeur, que cette âme comprenne qu’il est si près d’elle qu’elle n’a jamais
plus besoin de lui envoyer des messages ; elle peut lui parler elle-même, et sans
élever la voix, car elle est si proche qu’il la comprend au seul mouvement de
ses lèvres. »
Mais elle dit aussi : « Croyez-moi, ce n’est pas la longueur du
temps consacré à l’oraison qui profite à l’âme ; lorsqu’elle en emploie une
partie à agir, son amour s’enflamme bien plus facilement en un court espace
qu’au bout de longues heures de considération. Tout doit venir de la main du
Seigneur. »
Et même : « Quand je vois des âmes très diligentes pour comprendre
leur oraison et si encapuchonnées quand elles la font qu’elles n’osent,
semble-t-il, ni bouger ni détourner leur pensée de crainte de perdre un petit peu
du plaisir et de la ferveur qu’elles y trouvent, cela me fait voir qu’elles ne
connaissent guère le chemin qui conduit à l’union. »
Ainsi parlait Thérèse…

Car cette femme ne se perd jamais en Dieu. Elle s’y trouve. Elle y trouve les
autres, proches ou lointains. Avec Dieu, elle est capable de tout. L’histoire de
sa vie et de sa fécondité le proclame. Elle est tout à Dieu, elle l’aime. Or
l’aimer, c’est être à son service et donc au service de tous. Écoutons quelques-unes
de ses paroles à ce sujet. « Je vois bien, ô mon Seigneur, mon extrême impuissance. Mais une fois auprès de vous, du haut de cette tour de guet d’où l’on
découvre les vérités, pourvu que vous ne vous éloigniez pas, je pourrai tout. »

« Oui, l’amour de Dieu ne consiste pas à verser des larmes, ni dans ces saveurs
et tendresses que nous désirons d’ordinaire et où nous mettons notre consolation,
mais à servir Dieu avec justice, force d’âme et humilité ! »
[…]

Tous ces petits textes sont des joyaux. L’authentique mystique s’y révèle,
toujours enracinée dans le bon sens, nourrie d’humour et d’humble charité. On
peut les goûter un à un, les comparer ou enrichir le sens de l’un par l’autre,
comme on le fait lors de conversations. Ainsi parlait Thérèse… Ainsi nous
parle Thérèse aujourd’hui…
[L’article de Brigitte Bouillon dont nous reproduisons ici des extraits a été publié dans le Bulletin de spiritualité monastique 2015/3, Collectanea Cisterciensia 77 (2015) 313-338].