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"Ainsi parlait Maître Eckhart", lu par Brigitte Bouillon (Bulletin de spiritualité monastique)

On ne peut que se réjouir à l’annonce d’une nouvelle collection, d’autant plus que celle-ci présente des caractéristiques particulières. Elle se propose d’offrir, sous forme de textes brefs, « l’essentiel de la sagesse contenue dans les œuvres des plus grands spirituels et écrivains de l’histoire européenne ». Une traduction simple et coulante en est réalisée en regard du texte de base.

Ceci engendre une situation de lecture originale. Privé du contexte fondateur de l’interprétation première, le lecteur est amené à s’approprier le texte, à le méditer, à lui demander d’éclairer, de nourrir sa propre expérience. Pourtant il ne peut lui faire dire n’importe quoi puisque le texte source est là, tout proche. Impossible donc de s’égarer dans l’imaginaire ou la construction abstraite et arbitraire, impossible de s’évader. C’est dire combien prometteuse est cette collection.

Le volume consacré à Maître Eckhart s’ouvre sur une très belle préface de l’auteur. Il y décrit la passion du dominicain, porteur – comme chacun – d’une parole unique mais inexprimable, qu’il lui est tout de même demandé de transmettre, « vérité sans voile qui est directement sortie du cœur de Dieu ». D’où les tentatives multiples qui toujours aboutissent à l’incompréhension, à la critique, tant le message est simple, donc inaudible à nos cœurs, à nos intelligences compliquées. Que faire ? Écouter. Et écouter encore ! Les courtes citations présentées ici nous y incitent.

L’ensemble des quelque quatre cents textes constitue un choix judicieux, établi à partir de l’ensemble de l’oeuvre de Maître Eckhart et des principaux thèmes de son enseignement. Une lecture attentive permet d’en découvrir la progression et
montre qu’il s’agit bien de dire l’unique « verbe ». Le volume s’achève sur une
note biographique et sur une note sur le présent ouvrage.

Difficile de choisir, parmi toutes ces « perles » celles qui peuvent le mieux donner envie de les méditer toutes. En voici quelques-unes : « Celui qui possède Dieu en vérité, il l’a en tous lieux, et dans la rue, et parmi tous les gens aussi bien qu’à l’église ou dans le désert ou dans sa cellule » (p. 19). « Certaines gens veulent regarder Dieu avec les mêmes yeux qu’ils regardent une vache, et ils veulent aimer Dieu comme ils aiment une vache. La vache, tu l’aimes pour le lait, ou pour le fromage et pour ton propre avantage. C’est ainsi que font tous les gens qui aiment Dieu pour la richesse extérieure ou pour la consolation intérieure » (p. 75). « Tu ne dois jamais te rassasier de Dieu, car Dieu ne peut jamais te rassasier : plus tu as Dieu, plus tu le désires. Si Dieu pouvait te rassasier et que tu sois rassasié de Dieu, Dieu ne serait pas Dieu » (p. 127).