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À - hommages, adresses dédicaces, de J. Goorma, lu par D. Ayres (La Cause littéraire)

Dès le titre du nouveau recueil de Jacques Goorma, À, considéré ici comme une préposition à l’hommage, à la dédicace ou l’adresse, l’on prend conscience que l’on est devant un ouvrage singulier. […] Nous sommes à l’aube, au début, au commencement, à l’origine d’un sentiment, à la génération d’une idée, plongés dans le spasme bref d’un éclat qui cherche une sorte de commencement éternel. De genèse sans fin.

On se trouve avec À devant une préposition/proposition servant à introduire l’émerveillement de la naissance de quelque chose de neuf et de soudain. Car ces trois fois cent-onze petits poèmes réunis en trois sections sont presque autant d’avènements répétés et lancinants. Une éternité du commencement. Comme une sorte de psaume, ou de cantilène enfantine. Par exemple : « À l’échancrure // émail d’un sourire / lait d’une poitrine nue / blanche promesse d’un poème » ou « À l’éveil // tout a disparu / ne reste que / cette aube / incessante et nue » ou « Au bien être // le présent tout frais et vif / dans l’eau claire de la conscience »

Il faut considérer ces formes brèves comme des fragments de type héraclitéen, qui confinent à la philosophie et à la morale. Car l’on trouve des allusions à St-Augustin et sa conception du temps, à la littérature zen, au haïku, ou encore au Rimbaud des voyelles, ou à Descartes, non sans humour.

Et puis l’on côtoie la grande question de la dialectique du langage et de la chose, qui déchire l’Occident quand, d’une part, certains se rangent du côté de Platon, et d’autre part se réclament d’Aristote. Et là, avec l’habileté d’un poète, Jacques Goorma écrit : « Voici une chaise en bois / vois-tu la chaise / ou vois-tu le bois ? » Ce qui laisse résonner en soi cette formule du mathématicien et philosophe René Thom : « Le bord, c’est la forme. »

Pour conclure avec l’auteur, je dirai que tout n’est pas tenu à l’analyse très approximative que je viens de faire de ce recueil de Jacques Goorma, et qu’il demeure des interrogations importantes, parfois graves ou plus légères qui nous permettent d’avancer dans cette lecture, très simple d’accès et cependant riche et travaillée. Oui, la simplicité d’un crépuscule, que l’on ne sait qualifier de matutinal ou du soir, l’expression de recherche du poète sur son poème lui-même (dont des adresses répétées au poème assez fréquentes, « Au poème », À la poésie, « Au vœu du poème », « Au poème parfois », etc…), des considérations sur l’amitié, sur la nature, sur l’amour. […]