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Jacques ABEILLE

Petites proses plus ou moins brisées

SORTIE EN LIBRAIRIE EN AVRIL 2015
Collection Les Cahiers d'Arfuyen
n° 222, 128 pages, ISBN 978-2-845-90213-8

12 €

Découvert par Régine Deforges en 1971, publié par Bernard Noël en 1982, soutenu par l’amitié de Julien Gracq, Jacques Abeille est l’auteur d’une œuvre de premier plan dans des domaines aussi variés que le roman, les nouvelles, la poésie, les essais, les textes érotiques, mais qui reste, tant du fait de sa profonde originalité, étonnamment méconnue. Du reste, il aime à travailler à l’écart et ne se préoccupe guère de sa reconnaissance.

Jacques Abeille est particulièrement connu pour un ensemble de textes relevant d’une forme très personnelle de science-fiction, ensemble intitulé Le Cycle des Contrées. Le premier de ces ouvrages, Les Jardins statuaires a été publié en 1982 par Flammarion, réédité par Losfeld en 2004, puis Attila en 2010, pour paraître en 2012 en Folio. Dans sa préface, Bernard Noël écrivait de Jacques Abeille : « Il est incomparable bien qu’il appartienne à une famille où voisinent les noms de Buzzati, Coetzee, Gracq et Puységur. »

L’univers de Jacques Abeille est d’une totale singularité : « Je crus avoir écrit l’œuvre d’un fou, dit-il lui-même de ses Jardins statuaires ; l’ayant laissée quelque temps, je m’étonne d’une cohérence inattendue. » Il en va de même de l’ensemble de son œuvre qui, sous une apparente dispersion, est aimée d’une vision forte, étrange et cohérente.

S’agissant d’écrivains comme Gracq ou Abeille, la frontière est-elle jamais bien claire entre prose et poésie ? Les phrases qui ouvrent Les Jardins statuaires sont d’un poète autant que d’un romancier : « Est-on jamais assez attentif ? Quand un grand arbre noirci d’hiver se dresse soudain de front et qu’on se détourne de crainte du présage, ne convient-il pas plutôt de s’arrêter et de suivre une à une ses ramures distendues qui déchirent l’horizon et tracent mille directions contre le vide du ciel ? Ne faut-il pas s’attacher aux jonchées blanchâtres du roc nu qui perce une terre âpre ? Être aussi attentif aux pliures friables des schistes ? Et s’interroger longuement devant une poutre rongée qu’on a descendue du toit et jetée parmi les ronces, s’interroger sur le cheminement des insectes mangeurs de bois qui suivent d’imperceptibles veines et dessinent comme l’envers d’un corps inconnu dans la masse opaque ? »

Au présent recueil, Jacques Abeille a donné un titre, Petites proses plus ou moins brisées, qui le situe à ces frontières mystérieuses entre prose et poésie qu’il ne cesse d’explorer. Le livre, composé de textes écrits sur plusieurs décennies, est structuré en trois parties : « Ce qu’il reste d’un jeune homme qui maigrissait », « Figures en réserve » et « Bris et bruits ».

Créé en 2004, le Prix Jean Arp de Littérature Francophone est parrainé par l’Université de Strasbourg. Par leur diversité comme par l’intégrité et la force de leur travail, ses lauréats expriment l’orientation de ce Prix pas comme les autres : en 2004, Jean Mambrino ; en 2005, Henri Meschonnic ; en 2006, Marcel Moreau ; en 2007, Bernard Vargaftig ; en 2008, Anise Koltz ; en 2009, Pierre Dhainaut ; en 2010, Denise Desautels ; en 2011, Valère Novarina ; en 2012, Silvia Baron Supervielle ; en 2013, Marcel Cohen.

Albert SCHWEITZER

L’Esprit et le Royaume

SORTIE EN LIBRAIRIE EN AVRIL 2015
Collection Ombre
n° 12, 262 pages, ISBN 978-2-845-90214-5

18 €

Lauréat du prix Nobel de la paix en 1952, Albert Schweitzer est né en 1875 à Kaysersberg (Haut-Rhin) et mort en 1965 à Lambaréné (Gabon). Le 50e anniversaire de sa mort est enfin l’occasion de dépoussiérer l’image du « bon docteur de Lambaréné » qu’il a lui-même, par son militantisme humanitaire infatigable, contribué à édifier et populariser pour redécouvrir les innombrables registres de son intelligence, de sa culture et de son œuvre.

Écrivain, philosophe, spécialiste de l’éthique, théologien, historien des religions, musicien, biographe de Bach. Mais aussi inventeur de l’action humanitaire, adversaire acharné de l’arme nucléaire et théoricien de l’écologie la plus ouverte avec son concept clé de « Respect de la vie », inspiré du principe de non-violence de l’hindouisme et du bouddhisme. Et, il faut le dire aussi, pour corriger une fausse idée colportée à son encontre : ardent pourfendeur du colonialisme.

Né cinq ans après l’annexion de l’Alsace par le Reich allemand, Schweitzer a écrit l’ensemble de son œuvre dans la langue qu’il a apprise à l’école, l’allemand, la langue parlée par ses parents étant l’alsacien. Son œuvre littéraire est d’une grande variété et d’une haute qualité d’écriture, comme en témoigne le prix Goethe reçu en 1928. Hermann Hesse considérait les Souvenirs de mon enfance de Schweitzer comme un joyau de la prose allemande. À noter que ce livre fut aussitôt traduit en français (Lausanne, 1926) par le grand-père de Sartre et oncle de Schweitzer, Charles Schweitzer.

S’il est un domaine où Schweitzer a manifesté sa liberté et son originalité avec le plus d’audace, c’est bien la philosophie et la théologie, considérées par lui comme inséparables. Or les textes qu’il a écrits en ce domaine ont été particulièrement peu traduits, tant ils remettent en cause la figure consensuelle du patriarche de Lambaréné. Son souci d’honnêteté intellectuelle et de vérité philosophique est tel qu’il n’hésite pas à démythifier les dogmes les mieux établis pour retrouver le message qu’ils devaient transmettre et ont fait oublier. Dans les sermons, ses qualités d’écriture lui permettent tout à la fois d’être audacieux et de rester simple, sans rien esquiver mais aussi sans aucune inutile provocation.

Ce n’est finalement qu’un an après sa mort, en 1966, qu’un recueil de 17 sermons vit le jour en allemand aux éditions Beck de Munich. Traduits par Madeleine Horst, ils ont été édités en 1970 chez Albin Michel, sous le titre Vivre. Un deuxième ensemble de 21 textes sur l’action humanitaire a été traduit sous le titre Agir (Ampelos, 2009).

Le présent ensemble est consacré à la pensée philosophique et théologique de Schweitzer. D’où son titre, inspiré du livre d’Albert Camus, L’Exil et le Royaume. Car, bien plus qu’avec son cousin germain Jean-Paul Sartre, c’est avec Camus qu’existent de profondes affinités : entre les deux penseurs, celui qui passe pour agnostique et celui qui passe pour chrétien, le primat de l’éthique et le respect de la vie témoignent de sensibilités à bien des égards étonnamment proches.

Rainer Maria RILKE

L’Amour de Madeleine

Die Liebe der Magdalena

SORTIE EN LIBRAIRIE EN AVRIL 2015
Collection Les Carnets spirituels
n° 90, 134 pages, ISBN 978-2-845-90216-9

12 €

La quête spirituelle est au cœur de l’œuvre de Rilke. On sait l’influence qu’exerceront sur lui le romantisme allemand, mais aussi de grands questionneurs de l’homme comme Nietzsche ou Freud. Rilke affirmera son admiration pour l’Islam, allant jusqu’à apprendre la langue arabe. Mais surtout, il effectue en 1899 et 1900 deux longs voyages en Russie où, à travers la liturgie et la mystique orthodoxes, il redécouvre la tradition chrétienne : c’est elle qui sera à la source de nombre de ses recueils de poèmes, depuis son premier grand livre, Das Stunden-Buch (Le Livre d’heures, 1905) jusqu’à La Vie de Marie (1912) en passant par le moment essentiel de la traduction du présent sermon.

Les circonstances en sont étonnantes. Après la publication des Cahiers de Malte Laurids Brigge (1910), Rilke séjourne en Afrique du Nord puis en Égypte. Lors de son retour à Paris, son fiacre est arrêté longuement rue du Bac, devant une librairie : c’est là qu’il fait la découverte d’une plaquette : L’Amour de Madeleine, « sermon anonyme français retrouvé par l’abbé Joseph Bonnet à la Bibliothèque Impériale de Saint-Petersbourg ». Rilke est bouleversé : « Découvert à temps, ce sermon français, écrit-il, m’eût épargné les Cahiers de Malte. Car ce texte court tellement dans la direction qui fut donnée au cœur de Malte en allant jusqu’au bout et dépassant de loin le pauvre "Brigge"  ». Dans l’enthousiasme il traduit sa trouvaille : « Ce texte, écrit-il à son éditeur allemand, devrait avoir la possibilité d’arriver en de nombreuses mains. » Il sera régulièrement réédité dans sa traduction allemande alors même qu’en France sa trace se perdait à nouveau.

La présente édition donne face à face le sermon de l’auteur anonyme de L’Amour de Madeleine et la traduction de Rilke. Elle est suivie d’une étude de Jean-Yves Masson sur Rilke et le discours mystique, qui montre l’importance essentielle de L’Amour de Madeleine pour comprendre la pensée et la sensibilité de Rilke.

Pour mémoire, les Éditions Arfuyen ont publié cinq ouvrages consacrés à Rilke, visant tous à montrer la place centrale qu’occupe dans cette œuvre le long et difficile dialogue entre poésie et spiritualité : La Vie de Marie (1912), traduit et présenté par Claire Lucques ; Le Vent du retour, textes choisis, traduits et présentés par Claude Vigée ; Le Livre de l’Amour et de la Pauvreté (1899), traduit par Jacques Legrand (rappelons que la « traduction » d’Arthur Adamov n’en est qu’une très libre et très partielle adaptation) ; « Donnez-nous des maîtres qui célèbrent l’Ici-bas », présenté par Stéphane Lambert, sur sa relation avec Verhaeren, textes incluant la capitale et trop peu connue Lettre du jeune travailleur ; L’Amour de Madeleine /Die Liebe der Magdalena, traduction d’un sermon anonyme français du XVIIe siècle.