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Dorothée Quoniam, dite
 MARIE-AIMÉE DE JÉSUS

Les Douze Degrés du silence

et autres opuscules spirituels

SORTIE EN LIBRAIRIE EN 6 2005
Collection Les Carnets spirituels
n°39, ISBN 2845900678

16 €

Comment aborder les écrits de Marie-Aimée de Jésus, sachant que les textes que Edith Stein place le plus haut n’ont jamais été publiés autrement que dans de minuscules plaquettes pour l’usage du Carmel  ? Le présent petit livre permet tout à la fois de découvrir une grande figure du Carmel et des textes d’une exceptionnelle qualité spirituelle.

Écoutons encore Édith Stein nous parler de Marie-Aimée : « Une sœur la vit une fois pendant le temps du silence de midi se tenant debout dans sa cellule, la porte ouverte, et semblant écouter avec attention. Elle lui demanda plus tard ce qu’elle faisait ainsi. Dorothée répondit qu’elle avait écouté le silence. Elle mit par écrit pour cette sœur ce que le silence lui avait révélé. C’est ainsi qu’un petit écrit d’une admirable profondeur sur les Douze Degrés du silence vit le jour. » 

Nous avons eu la chance de retrouver le texte de ces Douze degrés du silence, qui constituent la première partie du présent ouvrage. Citons-en un court passage qui concerne le Onzième Degré : Silence avec soi-même. « Ne pas se parler intérieurement, ne pas s’écouter, ne pas se plaindre, ni se consoler. En un mot, se taire avec soi-même, s’oublier soi-même, se laisser seule, toute seule avec Dieu ; se fuir, se séparer de soi-même. Voilà le silence le plus difficile, et néanmoins essentiel pour s’unir à Dieu aussi parfaitement que le peut une pauvre créature, qui, avec la grâce, parvient souvent jusque-là, mais s’arrête à ce degré, ne le comprenant pas, et le pratiquant moins encore. C’est le silence du néant. Il est plus héroïque que le silence de la mort. » 

Suivent trois autres textes : « À l’école de l’Amour », « La Vierge féconde », « Sur l’union divine et la transformation de l’âme en Dieu » (d’après la Montée du Carmel de saint Jean de la Croix), enfin un très émouvant poème, « la Vie cachée en Dieu ».

Catherine CHALIER

Aux sources du hassidisme
le Maggid de Mezeritch

SORTIE EN LIBRAIRIE EN OCTOBRE 2014
Collection Les Carnets spirituels , 176 pages, ISBN 978-2-845-90207-7

Ce nouvel ouvrage de Catherine Chalier s’inscrit à la suite de deux ouvrages de Catherine Chalier déjà publiés dans Les Carnets spirituels : Les Lettres de la création (2006) et Kalonymus Shapiro, rabbin au Ghetto de Varsovie (2011).

Inspiré par le fonds spirituel du Talmud et du Zohar, Les Lettres de la création était une méditation sur le symbolisme des lettres hébraïques. Kalonymus Shapiro, rabbin au Ghetto de Varsovie était une méditation sur le sens de la mission du peuple juif au regard de l’extermination du ghetto de Varsovie. Le présent ouvrage est une plongée aux sources mêmes du judaïsme hassidique (’Hassidout : piété, intégrité ), ce mouvement de renouveau spirituel fondé en Europe de l’Est au XVIIIe siècle par le Ba’al Shem Tov (le « Maître du Bon Nom ») et son disciple et compagnon immédiat, le Maggid de Mezeritch.

Catherine Chalier donne ici la première présentation de la personnalité et l’œuvre du Maggid. Le livre se compose d’un essai sur sa vie et sa pensée suivi d’un choix de textes extraits de ses deux ouvrages : Le Livre des paroles du Maggid à Jacob et Le Livre des points importants. Ces textes ont été spécialement traduits de l’hébreu pour cette édition par Catherine Chalier.

On croit connaître le hassidisme sur la base de l ’énorme anthologie allemande de Martin Buber (1949, traduite en 1980, sous le titre Les Récits hassidiques, 744 p.). On le croit d’autant plus que de nombreux ouvrages s’y réfèrent également : comme La Voie du hassidisme (1963) d’Arnold Mandel ou les fameuses Célébrations hassidiques (1972 et 1981) d’Élie Wiesel.

Pourtant il n’est que de lire l’anthologie de Buber pour s’apercevoir qu’il s’agit ici davantage de « fioretti » du hassidisme, d’une saveur merveilleusement chagallienne, plutôt que d’une présentation de la philosophie de ses grands penseurs. Ces pittoresques Rebbe de village qu’on nous dépeint, qui pourrait penser qu’ils ont laissé des textes d’une audace théologique et philosophiques tout eckhartienne ? Et c’est d’ailleurs du fait de leur difficulté que ces textes puissants demeurent aujourd’hui encore inédits en français. C’est dans ce travail passionnant que s’est lancée Catherine Chalier.

Avec elle écoutons le Maggid : « L’homme doit se penser comme un Néant et oublier complètement son essence propre. Dans chacune de ses prières, il doit s’enquérir de la Présence (Chekhina) et parvenir ainsi à s’élever au-dessus du temps, c’est-à-dire atteindre le monde de la pensée, car là tout est égal, la vie et la mort, la mer et la terre. » La création du ciel et de la terre, ainsi que de tous les êtres différenciés qui la peuplent, a consisté à faire apparaître l’être à partir du Néant. Il s’agit maintenant de revenir au Néant, car le danger propre à la création vient de ce qu’il tend à oublier sa propre source. C’est pourquoi le rôle du Juste, le Tsaddiq, est faire passer l’être au Néant. Mais non pas pour s’y perdre : bien au contraire, celui qui s’unit au Néant divin – pour un bref instant – y trouve force pour agir en ce monde-ci et pour y répandre un peu de clarté.

Max de CARVALHO

Les Degrés de l’incompréhension

SORTIE EN LIBRAIRIE EN OCTOBRE 2014
Collection Les Cahiers d'Arfuyen , 158 pages, ISBN 978-2-845-90206-0

14 €

Après Enquête sur les domaines mouvants (2007), Les Degrés de l’incompréhension est le deuxième livre de Max de Carvalho que publient les Éditions Arfuyen. Et pourtant avec lui la collaboration est déjà ancienne : c’est lui et son épouse Magali qui ont donné en français les textes de l’admirable poétesse brésilienne Maria Ângela Alvim (1926-1959) sous le titre Poèmes d’août (Arfuyen, 2000). C’est aussi lui qui, sous le titre Le Repos inconnu a rassemblé et présenté les poèmes spirituels d’une moniale dominicaine de Prouilhe (Arfuyen, 2010).

Max de Carvalho est à l’origine de l’aventure de la revue La Treizième, née en 1985. Il a également publié un beau livre d’entretiens sur la voix, Cette soif de l’unité des choses, où il évoque la figure de ses parents. Avant les recueils parus chez Arfuyen, il a publié deux livres de poésie : Adresse de la multiplication des noms (Obsidiane, 1997) et Ode comme du fond d’une autre réalité (L’Arrière-pays, 2007) ainsi que de nombreux livres d’artistes.

La revue de Max de Carvalho, La Treizième, est placée sous l’égide de Nerval, l’auteur des Filles du feu et des Chimères. Sous leur apparente simplicité, les titres des livres de Carvalho sont marqués eux aussi d’une extrême étrangeté : Adresse de la multiplication des noms, Ode comme du fond d’une autre réalité, Enquête sur les domaines mouvants, et aujourd’hui, plus déconcertant encore : Les Degrés de l’incompréhension. Dans leur singularité, ces titres définissent un espace qui lui est propre : un espace où les mots sont incertains, où la réalité est chancelante, où les territoires sont mouvants, où l’intelligence se heurte à une croissante perplexité.

Quand la quasi-totalité des écrivains se proposent de faire partager leur vérité sur le monde, sûrs de leur intelligence et de leur lucidité, Max de Carvalho n’a rien d’autre à offrir à ceux qui le liront que de descendre avec lui les degrés d’une perplexité sans cesse plus déroutante face à toutes choses : notre corps, les choses, la beauté, la souffrance, la mort. Car il est vain et malhonnête de vouloir se dissimuler l’incompréhension radicale que nous avons de tout cela. Les vérités dont nous essayons de nous convaincre ne sont que de piètres mensonges qui ne nous trompent que parce que nous le voulons bien. Parce que nous n’osons pas affronter l’obscurité en face.

Lisons le premier poème de ce livre : « Sans quitter ta demeure/ ni les tiens tu partiras. / Sans t’éloigner tu connaîtras / l’éloignement, dans la plus / grande proximité l’exil, / la solitude en chaque chose / et sur toi ce regard. » Entrer dans l’incompréhension, c’est accepter une sorte d’exil par rapport au confort illusoire dans lequel nous sommes installés. La première partie a pour titre « Sélans », la seconde « Nous allons rompre le cercle ». Car c’est bien de cela qu’il s’agit : rompre le cercle magique qui nous tient enfermés dans une fausse évidence, dans une aliénation radicale. Et pour cela accepter sans peur de descendre les marches qui nous mènent à l’inintelligence, à l’ignorance, à l’inconnaissance. À la pauvreté d’esprit.