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"Voie de disparition", d’Yves Leclair (éd. La Brèche)

samedi 28 février 2015

« Le bruit recouvre tout. Les hommes d’écran occupent toute la scène. "Même si tu as la sottise de te montrer, prévient Michaux dans ses Poteaux d’angle, sois tranquille, ils ne te voient pas." Toi, tu chantes tout bas dans le trou du souffleur, en coulisses. Comme un enfant dans le noir. » Ainsi s’ouvre le petit livre que publie Yves Leclair sous le titre Voie de disparition (Librairie La Brèche éditions, 5 rue Sornin, 03400 Vichy). Un livre qui, à coup sûr, fera peu de bruit, comme aujourd’hui tout ce qui importe.

Les écrivains, les spirituels et les vrais philosophes ne pas « hommes d’écran » et, s’ils ont la « sottise », ou tout au moins la faiblesse, de publier quelques pages, l’époque, bonne fille, pourvoit à ce que ce soit c’est comme s’ils n’en faisaient rien. Ainsi leur est épargnée d’être jeté dans le cirque. « Tu aurais pu, note encore Yves Leclair, rejoindre le cirque, alors que tu n’aspires qu’à en disparaître.La question n’est pas, en effet, d’apparaître dans le grand feuilleton, ni de figurer dans le tableau de sa bourse, ni de devenir un homme d’écran. La question est, au contraire, de disparaître pour exister, pour être mieux. »

Chez d’aucuns une telle déclaration pourrait avoir des accents de forfanterie ou des relents d’amertume. Rien de tel ici, mais au contraire l’ouverture à la vie ouverte et la simple allégresse. « Dans ce que j’écris, observe-t-il, j’interviens (comme ils disent de nos jours) de moins en moins, je suis l’intermittent du spectacle, je me laisse conduire par le bout du nez, je me laisse mener par les yeux, je me laisse emporter, les mains vides, je me laisse disparaître dans la beauté. » Car la beauté est partout pour qui sait échapper à la vanité et au souci. Il suffit de disparaître – de « se perdre de vue » pour employer une expression qui était particulièrement chère à Roger Munier – pour que tout éclose et se révèle, pour que tout soit « apparition ».

C’est à cela que sert l’écriture, et non pas à allonger les bibliographies ou encombrer les bibliothèques, rien qu’à cela : « Les mots sont utiles pour déblayer le terrain. Mot comme une pelle, mot balai, voiture-balai, pour que tu retrouves la plage intacte en toi, le lieu nu où réfléchir, réfléchir la lumière qui s’offre à toi, et que cache l’ombre portée de ton moi brillant comme un astre, un astre désastreux. »

Né en 1954, Yves Leclair vit sur les bords de la Loire. Il est l’auteur de journaux poétiques et de récits. Il a préfacé les Bouteilles à la mer d’un ermite migrateur, de Michel Jourdan parues chez Arfuyen en 2006. Il vient de publier un recueil de poèmes, Cours s’il pleut, aux éditions Gallimard.