Éditions Arfuyen

Littérature, Spiritualité, Sciences humaines, Alsace

Accueil > Actualités > "Vincent La Soudière, la passion de l’abîme",de Sylvia Massias (éd. du (...)

"Vincent La Soudière, la passion de l’abîme",
de Sylvia Massias (éd. du Cerf)

mardi 1er septembre 2015

En 2003 paraissait aux éditions Arfuyen Brisants, le premier ouvrage de Vincent La Soudière publié depuis sa mort dix ans auparavant. Vincent La Soudière (1939-1993) avait rédigé ces textes dans les dernières années de sa vie et en avait choisi le titre à la fin de 1989. Le livre se refermait sur ces paroles mystérieuses : « Ô ! mon frère, écoute-moi malgré la nuit. Ce que j’ai à te dire est à peine audible ; ensuite, tu pourras t’enfuir par l’échelle qui reluit sous la lune : “Je l’aime”. Tu diras des prières pour moi, pour le néant que j’ai été toute ma vie. »

Cette vie, Sylvia Massias en retrace aujourd’hui le parcours dans un volume de plus de 600 pages, Vincent La Soudière, la passion de l’abîme (éd. du Cerf). Étrange destin que celui de cet écrivain, ami intime d’Henri Michaux et de Cioran, qui ne fit paraître de son vivant qu’un mince volume, Chroniques antérieures (1978). Vincent La Soudière notait lui-même dans une lettre : « Si l’art, comme l’écrit Rilke, est “la plus parfaite négation de la vie” que l’on puisse imaginer, alors le rapprochement avec la vie mystique semble sauter aux yeux. Ces deux ordres de réalité entretiennent entre eux une secrète et profonde parenté qu’il serait vain de vouloir nier. “Négation de la vie” selon l’ordre des affaires humaines, soit ; mais possibilité d’une autre vie offerte, comme en contrepoint, à celui qui cherche à parvenir à l’étrange don. »

Comme le suggère le titre de cette biographie, la vie de Vincent La Soudière est l’histoire d’une longue souffrance, d’une passion issue de l’anéantissement de l’humanité dans un homme : « Aventure d’outre-vie, descente indescriptible au shéol, dans l’abîme de la seconde mort ou de la mort spirituelle, telle est l’expérience centrale de Vincent La Soudière. » Grâce à une connaissance approfondie des nombreuses notes et correspondances qu’a laissées par La Soudière et qui apparaissent aujourd’hui comme une œuvre à part entière, même si modelée en creux, Sylvia Massias dégage le sens de cette quête négative et apparemment sans issue : « Comment unir une telle passion, subie en même temps que secrètement préférée, à une Passion assumée par amour, et pour l’amour de la Vie ? Tel sera l’enjeu et le combat de cette vie ; tel est l’objet de ce livre. Tout le prix, toute la force de cette expérience de l’enfer résident dans la découverte que fait La Soudière de la nécessité de la transcendance, au sein même de son effondrement, de son enlisement dans le marécage de l’immanence. »