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Un Cahier Roger Munier aux Éditions Le temps qu’il fait

jeudi 1er janvier 1970

  D’une intransigeance d’esprit et d’une liberté d’allure qui n’ont plus guère cours en notre époque besogneuse, l’œuvre de Roger Munier n’a jamais quêté les suffrages et s’est attiré en conséquence la superbe indifférence des gens pressés. C’est pourquoi on ne peut que se réjouir que paraisse enfin aux Éditions Le temps qu’il fait une somme d’études et de contributions qui permette de l’envisager dans sa continuité et son foisonnement.
 « Alors que Heidegger, écrit François Lallier, s’était depuis plusieurs années tourné, par-delà sa déconstruction de la métaphysique, vers la relation de l’Être et de la parole à travers la poésie, son visiteur lui avait posé la question du même. Il s’orientait ainsi vers une vue originale de l’il y a, par le biais de la pensée de l’image, qu’exprime son premier livre Contre l’image (1963). L’essence de l’image, comme analogos dans lequel le monde en son apparaître se dit lui-même, la fait rejoindre le logos comme mot du monde. Mais ce qu’elle dit est l’apparaître ; en cet apparaître se situe la différence de l’il y a, quand l’être, l’être simple, est lui-même — et rien d’autre. C’est dans le fil de cette première intuition que paraît quelques années plus tard, en 1970, un livre de plus d’ampleur, Le Seul, où le visible, avec sa dimension perdue fait l’objet d’une traversée, pour une part phénoménologique, pour l’autre soumise à la contrainte rigoureuse d’une écriture de l’expérience […].
 
« À cet essai véritablement inaugural, s’ajoute une continuation, D’un Seul tenant, qui témoigne de la tension établie, dans le dire de l’expérience, entre méditation et poème — en tant que ce dire approche au plus près son objet, cet il y a du monde qui se dévoile comme parole. Poème bref, circonscrit, dont la forme prend sa pleine effectivité, en 1973, dans L’Instant, tandis que Roger Munier entre en rapport d’attention et de partage avec les poètes de son temps : après René Char, il faut citer André Frénaud, Yves Bonnefoy et Pierre-Albert Jourdan, mais aussi Octavio Paz, Roberto Juarroz, Antonio Porchia. En 1993 enfin, il écrira un livre important sur Rimbaud. À partir de 1980, son travail ne cessera plus de montrer la convergence entre l’exercice de la parole et le foyer de l’expérience de l’ il y a, mais aussi l’écart entre une fusion rêvée de la parole et de l’objet, et le maintien de cet objet en son horizon d’existence, ce rien qui mystérieusement le fonde. Ainsi les publications de cette période se partagent-elles entre des méditations sur certains moments de l’expérience elle-même (citons Orphée, Mélancolie, Éternité, Sauf-conduit, Adam), et des recueils aphoristiques où se réalise pour ainsi dire la conjonction de l’expérience et du dire […], précurseurs d’un Opus incertum dont la notion revendiquée depuis 1995 symbolise pour ainsi dire l’entrée dans un infini de la finitude. » Les textes présentés dans ce cahier rassemblent les actes du colloque qui s’est tenu à Lyon en mars 2008, sur l’initiative de Jérôme Thélot, ainsi que des témoignages et documents.