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Pierre Sudreau : un homme d’exception nous a quittés

 Pierre Sudreau personnifiait la droiture, le courage et l’humilité. Des hommes politiques comme lui nous manquent cruellement aujourd’hui. On rêverait que son exemple puisse inspirer profondément ceux qui quêtent aujourd’hui nos suffrages ! Nous l’avons connu et aimé, et tenons à saluer aujourd’hui sa mémoire, avec pudeur mais avec fidélité. Car il était un homme d ’extrême pudeur, d’extrême fidélité.
 Il était celui qui avait dit non au général de Gaulle en 1962 et avait mérité de lui par ce refus plus d’estime que nombre de ceux qui s’étaient pliés, par opportunisme ou par faiblesse, à sa volonté. Maintes fois, au cours des décennies suivantes, des présidents de la République de gauche comme de droite avaient tenté de l’enrôler dans leurs gouvernements, comme ministre d’État ou davantage encore : courtoisement il avait décliné leurs offres, jugeant de peu de prix de tels honneurs au regard de celui d’avoir été le plus jeune ministre du premier gouvernement du général de Gaulle, celui qui en quelques mois avait refondé une France abîmée par trop d’années de compromis et d’atermoiements.
 Il avait été le modèle du Petit Prince de Saint-Exupéry, mais, déjà, n’avait pas conservé les croquis que prenait de lui l’écrivain lorsqu’ils déjeunaient ensemble alors qu’il était tout jeune adolescent, pensionnaire du lycée Hoche de Versailles. Jamais il n’a voulu faire fonds de ses mérites et de ses actions. Non par hauteur, mais par humilité, se souvenant combien d’autres auprès de lui avaient laissé leur vie sans se soucier de traces... Il y a trois sortes de \"cons\", aimait-il à dire : les \"pauvres\", les \"tristes\" et les \"glorieux\". Des trois catégories, ces derniers étaient bien ceux pour qui, malgré toute son indulgence, il avait le moins de sympathie.
 Pierre Sudreau était né le 13 mai 1919. Il est décédé dimanche 22 janvier d’une crise cardiaque à l’hôpital des Invalides. Aviateur engagé dès 1940 dans le réseau Brutus, il en était devenu en 1942 le chef pour toute la zone occupée. Arrêté en novembre 1943, il avait été déporté au camp de Buchenwald.
 Remarqué par le général de Gaulle en mai 1945, à son retour de déportation, Pierre Sudreau entre le mois suivant dans la préfectorale. Préfet de Loir-et-Cher (1951), il invente les premiers spectacles \"Son et Lumière\" qui auront le succès que l’on sait. Commissaire à la construction et à l’urbanisme pour la région parisienne (1955), il lance notamment de grands projets comme l’aménagement de la Défense. C’est dans ces fonctions qu’il lance le vaste chantier du ravalement de Paris – dont trop souvent on a attribué ensuite la paternité à André Malraux, qui ne fera que le reprendre. 
 En juin 1958, Pierre Sudreau devient ministre du dernier cabinet de la IVe République, présidé par Charles de Gaulle. Il restera ministre de la construction du gouvernement Debré avant de prendre brièvement le portefeuille de l’Éducation nationale du gouvernement Pompidou, d’avril à octobre 1962.
 Opposé au projet de référendum sur l’élection du président de la République au suffrage universel direct, il donne sa démission au général de Gaulle. Il devient député à l’occasion des élections législatives de 1967 et le resera jusqu’en 1981. Il est en 1975 l’auteur d’un rapport essentiel sur la réforme de l’entreprise. En 1971 il devient maire de Blois et le resetra jusqu’en 1989.
 Coprésident de l’ Association nationale des amis de la Résistance, Pierre Sudreau a consacré la fin de sa vie à transmettre la mémoire de la Résistance en présidant depuis 2006 la Fondation de la Résistance.
 C’est à ce titre, et par amitié pour nous, qu’il a bien voulu en 2007 – malgré sa sourcilleuse volonté de discrétion – donner un court texte en hommage à Marcel Weinum et à ses camarades, ces 25 jeunes résistants alsaciens de 14 à 16 ans dans lesquels il se retrouvait si fort.