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Pierre Dhainaut : "Voix entre voix" (éd. L’herbe qui tremble)

samedi 30 janvier 2016

Pierre Dhainaut a eu 80 ans le 13 octobre dernier. Du même jour est daté l’achevé d’imprimer de Voix contre voix, son plus récent recueil, publié aux éditions L’herbe qui tremble. Le livre est structuré en trois parties : « Échographies (1) » rassemble des poèmes tandis que « Échographies (2) » présente, comme en miroir, de courtes notes sur la poésie ; « L’approche autrement dite » propose de très courts textes poétiques, à la manière de haïkus.

De l’un à l’autre texte, en prose ou en vers, une même méditation se poursuit, grave et tendre. Le poète ne hausse pas la voix. À quoi bon ? « En cette pièce où la respiration retombe, dit le poème, / Quelle parole accomplirait l’espoir du premier jour ? » La suite "Résidence Le Tiers Temps" évoque avec une déchirante lucidité des visions proches de la « maison de fous » de Ernst Stadler ou du « Neurosuite » de Margherita Guidacci. Face à la mort d’un ami, revient la même constatation amère : « L’écriture est d’ici, étroite, d’aucun secours,/ ne levant aucun souffle. » Et pourtant.

Pourtant, si les poèmes sont pleins de désillusion, leur promesse est toujours bien présente lorsque Pierre Dhainaut s’interroge sur les pouvoirs de la poésie. « Une annonciation, le poème, il dirait de quel dieu, ce ne serait plus un poème. » Annonciation dans l’instant, qui se trahirait en nommant un dieu, en énonçant un salut. Car elle n’a lieu que pour qui se dépossède, pour qui se décentre : « Dans notre vie avare, l’écriture est cette vie qui nous apprend à ne plus nous vouloir les maìtres. »

Si le poème ne peut accomplir « l’espoir du premier jour », s’il est « d’aucun secours », « ne levant aucun souffle », son exercice pourtant n’est pas vain. Si toujours à nouveau notre besoin de maîtrise est déçu, la faute n’en est pas au poème, mais à l’absurdité de notre attente. Car que peut être l’annonciation sans la générosité d’un fiat : « Ne rien exiger des poèmes avant de les écrire, exiger de nous d’étre assez généreux afin qu’ils adviennent. » Que le poème « advienne », que nous advenions à la « générosité » est une seule et même merveille, qui porte en elle-même la promesse et l’accomplissement.

Dans le moment du poème, s’interroge Pierre Dhainaut, « où sommes-nous ? Les vers ont permis au regard d’échapper aux repères qui procurent a toute chose une place attitrée : il se convertit en écoute. À travers nos limites, l’écoute reçoit l’illimité comme à travers le langage le silence. » Quelle est cette révélation que porte la lumière si ce n’est celle de la lumière même : « Quelle est l’origine de la lumière ? Les peintres de jadis la connaissaient, ils en tenaient compte rigoureusement. Dans un poème nous allons vers elle : de quoi cette lumière est-elle la lumière ? » L’ange éblouissant de l’annonciation, de quelle autre lumière resplendit-il que celle de notre abandon ?