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Petr Král : "Accueillir le lundi" (éd. Les Lieux-Dits)

samedi 7 mai 2016

« “La vie est moyennement drôle / d’autant que c’est notre seul bien ” / dis-tu en toi-même.  » Le ton inimitable de Petr Král se trouve tout entier résumé par ces deux vers liminaires d’un des poèmes de son nouveau recueil. Petr Král vient de recevoir Prix Jean Arp de Littérature Francophone 2016 et c’est à l’occasion de sa remise qu’est publié ce nouveau livre au titre déjà déroutant, Accueillir le lundi, publié par les éditions Lieux-Dits.

« La vie est moyennement drôle », où la cocasserie du fait d’exister se trouve gommé, voire annulé, par le caractère franchement prosaïque et passablement désolé de l’adverbe « moyennement ». Dans un autre texte, Král donne à entendre ce qu’il veut dire par là : « Même ceux dont l’existence est un plan : élever des petits devenir adjoint / se soumettent tout autant aux seuls flottements des journées / dont ils n’occupent que les marges. »

La poésie de Král se situe précisément dans ce « flottement des journées » et dans ces « marges ». Non pas dans la clarté de quelque révélation ou vision : ce que révèlent et voient ces poèmes, c’est cet espace du quotidien tellement banal que nos regards ne font plus que l’effleurer et que même ceux dont « l’existence est un plan » font sans cesse, sans le savoir, l’expérience.

Milan Kundera, dans sa préface à un précédent livre de Kral, Notions de base, paru en 2005, voyait dans l’œuvre de son compatriote une « étrange et belle encyclopédie existentielle de la quotidienneté ». Car non seulement Kral s’ingénie à demeurer sans cesse au ras de la réalité la plus commune, la plus insignifiante, mais, par une singulière tournure d’esprit sont on sait jamais s’il dénote une sorte d’humour fatrasique ou de hantise mélancolique, il se plaît à accumuler les éléments de cette banalité jusqu’à en faire ressortir paradoxalement l’incongruité et la bizarrerie.

« Le poème, remarque-t-il, devrait aussi savoir n’être qu’un journal / d’inventeur manqué. » Sous la loupe grossissante du poète, les observations les plus ordinaires prennent un étrange relief. Comme si elles étaient vues du point de vue d’un au-delà infiniment proche : « À la fenêtre le réveille-matin en main plantant le regard / dans la pente d’en face entre un copeau égaré / et un oiseau catapulté au ciel je suis mon propre successeur. » Assurément, il est « moyennement drôle » d’être son « propre successeur ». Heureusement, dans ce monde flottant, il y a la poésie et ses petits bonheurs : « Et le poème, lui, est chaque fois le plus heureux / lorsqu’il va seulement à sa rencontre / et cherche en tâtonnant sa forme. »

(Les Lieux-Dits éditions, 2, rue du Rhin Napoléon, 67000 Strasbourg).