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P. de Chermont : "Par-dessus l’épaule de Blaise Pascal" (éd. Corlevour)

mercredi 2 septembre 2015

Expérience peu commune que celle dont témoigne ce recueil de poèmes intitulé ’Par-dessus l’épaule de Blaise Pascal’. « Je n’aurais jamais cru, précise l’auteur, vivre avec les Pensées, surtout après les avoir lues la première fois. Elles sont touffues, plus noires qu’une forêt de pins. Certains ont été éblouis par leurs éclats de lumière. Je n’y vois qu’obscurité et zébrures de lointaines explosions. Mais, des années durant, sans me l’expliquer, je m’en suis rapproché. […] À force, j’ai découvert son regard, à lui, Blaise Pascal. Il fixe un point au loin. Parle-t-il à lui-même ou à un interlocuteur invisible ? Ou à moi-même, qui suis dans son dos, n’ai pas vécu son temps et suis maintenant plus vieux que lui ? »

Dans cette familiarité avec les "Pensées", Pierrick de Chermont a trouvé l’inspiration d’un ensemble de quatrains dont la numérotation s’établit en correspondance avec celles des éditions des "Pensées". S’agit-il d’un commentaire de Pascal ? Certes pas : « Par-dessus l’épaule de leur auteur, je me mis en quête de ce présent qui brille à leur contact. Je cherchais avec elles ce qu’être homme signifie. » À travers le prisme de la vision pascalienne du monde, toutes choses se laissent saisir dans les longs versets de ces quatrains et trouvent une unité inattendue. Non sans humour, une série de trois quatrains intitulée "Pierre" commence par cette curieuse évocation : « Durant la révolution culturelle, comme les grades avaient disparu, on évaluait l’importance des hommes au nombre de stylos / Qui sortaient de la poche de leur veste. Rien n’a changé depuis. Seules la mer et les pierres gardent leur sérieux enjoué. » Quelques pages plus loin, une suite de quatre quatrains dédiée à Gabrielle Althen revêt les accents d’une authentique méditation : « Un pan de ce que je suis ne s’écoule pas avec les jours ; arrimé au présent, il m’échappe, me rassemble et m’entraîne à la fois. / Il est le noyau de ce que je suis et que je ne possède pas ; il sera mon présent quand je ne serai plus. »

Sans cesse se mêlent dans cette architecture complexe le jeu et la gravité, le calcul et la contemplation, le hasard et la grâce, comme aussi ces aspects complémentaires font la tonalité unique de l’auteur des "Pensées". « L’ensemble, écrit Pierrick de Chermont, se veut donc comme une ville, les grandes parties sont les divers horizons entrevus d’un promontoire, les titres les places et les rues, et les numéros, les chiffres presque effacés inscrits sur les façades des maisons. Le résultat est une pérégrination sans fin, une plongée dans un kaléidoscope qui promet et relance sans jamais tenir. »